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 Tiramisu aux fraises et une possible discution - Isidora


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Alissa B. Hubton
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Jeu 16 Juin - 4:56
Les tests aujourd’hui avaient été particulièrement fatiguant. On l’avait obligé à se concentrer sur des personnes dans une pièce et à lire leurs émotions. Malheureusement, pour Alissa, ça ne se faisait pas sur commande et se concentrer avec autant d’intensité lui avait donné une migraine horrible. D’un autre côté, cela faisait longtemps qu’on lui avait demandé de participer à des expérimentations, alors peut-être qu’il était idiot de se plaindre. Ce n’était pas comme ceux qui se faisaient harceler continuellement et devait même dormir au centre. Bien que certain se portait volontaire et était là par choix. Elle ne savait pas trop quoi en penser, quelle était sa place dans tous cela ? Une souris blanche sur laquelle on fait des tests pour ensuite la mettre dans cage ou elle vivait sa vie sans savoir ce qu’est le monde ? Ou une pieuvre qui chercherait par tous les moyens de s’échapper si quelque chose lui semblerait plus intéressant à l’extérieur ? En tous cas, pour l’instant elle était plutôt du type souris blanche, coincé par les barreaux des règles et des responsabilités qui l’encombrait. Toujours être présente au rendez-vous, toujours être à l’heure, toujours arriver rapidement si on a besoin d’elle, donner de son temps, répondre aux demandes des chercheurs. Puis manger, dormir, se laver et même avoir un boulot, question de vivre d’autres expériences. Surtout que les scientifiques qui la suivait croyait qu’elle pourrait mieux contrôler son pouvoir en vivant des expériences, en vivant des émotions par elle-même, en connaissant la vrai vie. Du coup, elle faisait comme ils voulaient. Au moins, elle avait un boulot assez intéressent.

Bref, après avoir été au labo, elle avait donc son emploi au magasin de musique où les néons de la place n’avait fait qu’empirer les douleurs stridentes causées par son mal de crâne. On l’avait fait déplacer beaucoup de caisses et elle avait placé les CD les uns devant les autres, dans l’ordre alphabétique d’artistes. Une tâche qui demandait encore une fois une certaine concentration, ce qui n’était rien pour l’aider. La journée semblait prendre une éternité, mais elle n’avait pas trop envie de rentrer chez elle où sa mère lui poserait des milliers de question sur ses tests. Elle n’eut pas trop le temps d’y penser, déjà une autre caisse de musique arrivait. La jeune fille ne put même pas prendre sa pause durant laquelle elle en profitait pour écouter un peu les derniers trucs populaires. Ça l’inspirait souvent pour la composition de musique avec sa guitare électrique.

Finalement la journée s’arrêta et Alissa ne voulait toujours pas rentrer. Elle marcha toute de même dans la direction de son appartement. En chemin, les lumières douces et chaleureuses du salon de thé « Le Mensonge » l’attirèrent. Il devrait ne rester qu’une ou deux heures avant la fermeture, mais pourquoi pas ? Un gâteau lui remonterait le moral et le thé lui ferait du bien. Elle poussa la porte et se dirigea tout de suite vers le comptoir où elle demanda un thé qui pouvait calmer les maux de tête ainsi que le gâteau du jour. C’était un tiramisu à la fraise, de quoi lui donner un sourire, même si personne ne pouvait vraiment la voir sourire derrière son masque.

Depuis quelques semaines, elle venait souvent au salon de thé. Généralement, elle ne prenait que le gâteau ou un autre dessert, mais elle avait aussi commencé à essayer les thés de temps en temps. Elle était en mode découverte, elle n’avait pas vraiment bu de thé avant. C’était bien, les plus doux lui plaisait. Et ce soir-là, avec sa migraine, elle avait simplement envie de relaxer, de ne pas avoir à se concentrer. De plus, lorsqu’elle venait, elle montait sur le toit de l’édifice pour aller déguster son plat sucré, la vue était agréable et il n’y avait pas trop de vent. Parfois, manger un bon gâteau lui faisait oublier où elle était et elle se mettait à chanter joyeusement ou doucement, selon ses états d’âmes. Elle prenait pour emporter, mais montait en haut et grimpait sur le toit telle une sauvage. La première fois ça avait un peu surpris, mais bizarrement maintenant les gens ne réagissaient plus trop, il prenait l’habitude peut-être ? En tout cas, c’était une petite routine qui lui plaisait bien après le boulot.

Cette soirée-là par contre, ce fut différent. Alissa ne commanda pas pour emporter. Elle allait s’asseoir en haut au troisième, dans un coin confortable. Elle avait placé les coussins pour être bien et avait mangé deux trois bouchées de son tiramisu pendant que son thé prenait du goût dans la théière. Elle sirota deux trois gorgée, termina son gâteau, regarda dehors par la fenêtre. Autour d’elle s’était le calme complet, il n’y avait personne. Les autres clients étaient en bas et ils discutaient. Elle pouvait entendre des murmures, mais le son ressemblait plutôt à des ronronnements et ce n’était pas vraiment dérangeant. Elle était bien, fermant les yeux elle se laissa tomber sur sa chaise pleine de coussin. La scène changea autour d’elle et elle n’était plus au salon de thé, mais dans une grande forêt où elle marchait à la recherche de feuilles de thé spéciales. Elle s’était légèrement….endormie ! Sa journée chargée avait eu raison d’elle il faut croire.
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Isidora Magnus
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Jeu 16 Juin - 9:42
Elle était revenue.

Isidora servait une cliente un peu plus loin lorsqu’elle pénétra dans le salon. Elle l’avait contemplée commander du thé et un gâteau, puis se diriger vers l’étage. Pendant ce court moment, la jeune femme n’avait pas quitté son rôle et pourtant. La dernière fois que celle-ci avait croisé son chemin, Dido avait eu l’impression que ce dernier n’était plus qu’un mirage, un souvenir d’une existence révolue. Tandis qu’elle procédait à la fermeture ce soir-là, elle était montée en direction du toit pour vérifier que personne ne s’y trouvait. C’est là qu’elle l’avait entendue. Une voix qui la faisait trembler d’émotion, qui lui remémorait des sensations qu’elle n’avait plus percevoir depuis son enfance. La joie de retrouver ses parents après une journée à l’école, la beauté de son quartier à l’aube du printemps, la surprise de découvrir des cadeaux inattendus...Isidora n’avait jamais été douée pour exprimer ses émotions : elles lui semblaient toujours inappropriées, incongrues. On lui avait enseigné le maintien, la retenue et la discipline. C’était sans doute pour cela que le rôle de La maîtresse lui allait comme un gant. Il représentait l’idéal dans lequel elle avait grandi, dans lequel elle pouvait se sentir en sécurité et acceptée. Mais à cet instant ces ressentis, qui la rendaient toujours confuses étant plus jeune, l’avaient remplie de nostalgie et de douceur. C’était plus puissant que la libération qu’elle vivait à chaque possession et elle voulait tant la ressentir à nouveau.

Et si je lui offrais un gâteau gratuit, peut-être voudrait-elle bien chanter à nouveau ?

Isidora était revenue dans la cuisine à la recherche d’une excuse acceptable. Il fallait que cela reste subtil, bien entendu. Ainsi, elle prit une part du tiramisu à la fraise, respira profondément et se dirigea vers l’étage. Tant qu’elle restait professionnelle, rien ne pourrait lui arriver. Mais lorsqu’elle s’approcha sa table délicatement, elle vit l’objet de ses pensées endormie sur sa chaise, paisible. Personne ne s’était installé à cet étage à part à elle. La jeune femme déposa l’assiette sur la table et resta là à réfléchir. De quoi pouvait-elle rêver ? Pourquoi s’était-elle endormie aussi innocemment ici ? N'osant bousculer son sommeil, Dido plissa son jupon, ajusta la température de la pièce et repartit s’occuper de ses autres clients. Néanmoins, cette vision ne la quittait pas. S’était-elle réveillée depuis ? Avait-elle mangé la seconde part ? Le thé lui plaisait-il ? Isidora fut distraite toute la soirée, attendant qu’elle descende pour la revoir. Les heures passèrent bien rapidement et ce fut le moment de la fermeture. Une journée comme toutes les autres en somme. Si l’on escomptait le fait que l’inconnue n’était toujours pas descendue. La propriétaire éteignit toutes les lumières, fit le tour du salon pour voir si tout était en ordre et ferma la caisse à double tour. Maintenant qu’elle ne pouvait plus repousser l’inévitable, elle monta rejoindre la jolie voix.

Impossible ! Elle dort encore !

Toujours installée sur la même chaise. Le thé était froid désormais et les gâteaux n’avaient pas été plus dégustés. Il fallait qu’elle la réveille, dépose la dernière vaisselle dans la cuisine et rentre chez elle dans le confort de sa solitude et sécurité. Oui, c’était de loin la meilleure chose à faire. Mais ce n’est pas ce qui se passa. Isidora se rendit dans le vestiaire, troqua son uniforme de travail pour une tenue de maison. Une robe blanche à décolleté en coeur. Elle la portait toujours avec un ruban argenté autour de sa taille. Elle se posa sur une des tables adjacentes et choisit derrière elle au hasard un des livres de la bibliothèque murale. La seule lumière de la pièce était dorénavant une lampe installée non loin d’elles et qui les éclairaient à peine. Toutefois, Isidora arrivait à lire sans problème et l’obscurité l’effrayait bien moins que la lumière. Et c’est au moment où elle entrait à peine dans l’intrigue qu’elle les entendît. Des bruits monstrueux venant du rez-de-chaussée. Celui d’une vitre brisée violemment puis d’une chaise que l’on renverse. Quelqu’un était en train de vandaliser son salon. Alors qu’elle prit à l’aveuglette le livre le plus gros qu’elle avait sous la main, elle entendit l’escalier en bois menant à l’étage grincer.

Pas à pas, l’intrus se dirigeait vers elles.

Son livre contre son poitrine, le coeur battant à tout rompre, elle était prête. Isidora n’avait jamais appris à se battre mais elle savait d’expérience que lorsqu’il s’agit de survivre, l’adrénaline fait tout le travail. Elle priait pour qu’il n’ait pas d’arme à feu, au quel cas elle ne ferait pas le poids. Dans le cas contraire, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger la jolie voix. Isidora n’avait pas peur de la mort. Plus depuis longtemps. Et il y avait chez cette personne un instinct qui la poussait à vouloir à tout prix la protéger. Comme si c’était de son devoir. Elles n’étaient même pas amies, alors d’où venait cette volonté ?
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Alissa B. Hubton
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Mar 21 Juin - 6:38
Les rêves se succédaient. Forêt, ville, nuage. Alissa était elle-même, un écureuil, puis un ange. Elle marchait, courrait, cherchait, observait. C’était plutôt bien comme rêves, cela changeait de ses nuits blanches à fixer le plafond ou ses nuits sans rêve. Les coussins confortables de sa grande chaise, la température agréable ambiante, la douce pénombre, rien ne pouvait venir troubler son sommeil de plus en plus profond. Au point que lorsque quelqu’un entra elle ne s’en rendit pas compte. Pas même lorsque le bruit d’une assiette frappant légèrement une autre assiette en se déposant sur la table se fit entendre dans un « ding » résonnant. Le bruit des jupons quittant la pièce se mêlèrent au bruit du vent de son rêve. La deuxième visite un peu plus tard ne fit pas plus mouche pour la réveiller, elle était partie pour un long moment.

Lorsque des bruits se firent entendre plus bruyant au rez-de-chaussée elle cligna des yeux et s’éveilla enfin. La tête encore embrouillée, Alissa n’analysa pas davantage les sons pensant qu’ils provenait de clients quittant le salon. Il devait bientôt être l’heure de la fermeture non ? Près d’elle une lumière était maintenant allumé et un livre avait été déposé tout près, comme si quelqu’un était parti, mais comptait revenir. Combien de temps avait-elle dormit ? Haussant les épaules, la jeune fille s’étira et replaça son masque qui avait glissé, puis elle repoussa les mèches de ses long cheveux brun qui lui barrait le visage. Devant elle, sur sa table, son thé ne fumait plus, indiquant qu’il était devenu froid, la moitié de son gâteau l’invitait à prendre une autre bouchée et surprise ! Une autre part s’était ajoutée. Oh ? Un cadeau ? Elle sourit, émue et empoigna sa fourchette. Elle retira son masque à nouveau et prit une bouchée de la deuxième part qui bizarrement semblait encore meilleure. Comme si le fait que ce soit un cadeau le rendait plus spécial. Elle mâchait déjà sa deuxième bouchée quand des mouvements près de l’escalier attirèrent son attention.

Depuis le début de son éveil, elle n’avait pas remarqué la personne qui attendait près de l’escalier tendu comme si quelque chose l’effrayait. Elle n’avait pas non plus entendu les bruits dans l’escaliers qui étaient maintenant beaucoup plus distinct. Alissa serra sa fourchette dans son poing, alerte. Quelque chose n’allait pas. Furtivement, comme elle savait si bien le faire après plusieurs années d’entrainement, elle se glissa hors de sa chaise et s’approcha de la personne debout, sans pour autant se mettre à côté d’elle. Elle écouta attentivement. Les bruits de pas lui indiquèrent que l’autre personne était à quelques pas de mettre le pied sur le plancher de l’étage.

Alissa observa plus attentivement la silhouette devant elle. Elle reconnut enfin la maitresse des lieux qu’elle avait aperçu rapidement plus tôt lorsqu’elle était arrivée. Elle ne portait plus les mêmes vêtements et se tenait droite comme un piquet, serrant quelque chose contre sa poitrine. Décidément, ce n’était pas normal. De son point de vue, elle ne pouvait voir que le dos de la jeune femme, son expression lui aurait surement donné plus d’information sur la situation, mais la brunette n’osait pas bouger de sa position. Toujours sa fourchette en main, elle se sentait légèrement ridicule. Ça ne ferait pas une arme très efficace, surtout quand on n’avait aucune expérience de combat. Malgré son malaise dans cette situation inconnue, elle se tenait prête à agir au besoin. Elle jeta un coup d’œil vers ses parts de gâteau. Elle avait bien hâte de continuer de les manger et pour cela elle devait se débarrasser de la menace. Elle était bien décidée à mettre un terme à ce manège le plus tôt possible.

Il était plutôt naïf de croire que ce serait aussi simple.
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Isidora Magnus
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Dim 26 Juin - 18:07
Tout se passa très vite.
Peut-être trop vite.

L’intrus débarqua dans la pièce et profitant de l’esprit de surprise, Isidora lui balança le livre à la figure. Elle ne savait pas viser, quel dommage. Celui-ci n’atteignit sa cible que de côté, faisant peu de dégâts. L’homme se jeta sur elle en retour. Dans sa tentative d’assurer leur survie, elle avait déclenché sa fureur. Ils les auraient sans doute laissées tranquilles après avoir volé la caisse. Maintenant, elle courait droit à la catastrophe. Etait-ce un don ? Isidora essaya de se débattre toutefois il était beaucoup plus grand et fort. Chacun de ses coups la touchait avec une violence inouïe. Dans l’obscurité de la pièce, ses traits demeuraient indéfinissables si ce n’était la grimace qui déformait sa bouche de rage. On aurait dit un de ses fous furieux que l’on voit dans les films d’horreur. Au collège, la jeune femme adorait en regarder le week-end : ils ne lui faisaient jamais peur et elle appréciait l’adrénaline qu’elle expériençait à chaque visionnage. Malheureusement, là de toute manière, elle était plus occupée l’empêcher de la tuer pour contempler le parallèle. Dans leur lutte acharnée, il la fit tomber au sol dans un fracas et agrippa son cou avec ses deux mains pour la paralyser. Ses propres mains tendues vers le visage de son agresseur, Dido essayait de le repousser de toutes forces. Elle manqua très rapidement d’air mais l’adrénaline aidant, son pouvoir prit le dessus. Un instinct de survie.

C’était une sensation de glissement.
L’impression d’être légère.
Une détente complète de son corps.
Le réveil dans celui de l’autre.

Le processus de possession durait moins d’une minute. Maintenant, elle savait reconnaître les signes avant-coureurs, ce qui était largement pratique. Cela lui évitait de perdre son corps un peu partout en ville et se réveiller dans celui d’un autre en panique. Les possessions involontaires lui arrivaient de moins en moins souvent mais elle n’était pas à l’abri d’un accident. Parce que 1) même si elle évitait le contact physique comme la peste, ce n’était pas le cas du reste des personnes qu’elle croisait dans la journée ; 2) personne n’est à l’abri d’une pensée « obsessionnelle » ou persistante. Prenons l’exemple d’une girafe unijambiste : la probabilité que vous y pensiez à cet instant même est facile à deviner. Maintenant si l’on vous demandait de ne pas penser à une girafe unijambiste, vous devriez faire un certain effort pour concentrer vos pensées sur autre chose. Pas sûr que vous y arriviez à 100%. On lui avait bien proposé de l’aider à maîtriser son pouvoir lors de la piqûre, mais elle redoutait les scientifiques. Elle ne les trouvait pas sincères dans le fond et doutait de leurs intentions.

Voir son corps endormi sous soi.
Prendre conscience de son nouveau corps.
Réfléchir le plus rapidement possible.

Le père d’Isidora avait cette théorie selon laquelle la durée de la possession était directement liée à la proximité émotionnelle avec le sujet. Plus Isidora était capable d’empathie et ne faisait qu’un avec le sujet, plus la possession durait longtemps. Bien qu’elle n’ait pas été prouvée scientifiquement, la jeune femme y croyait déjà. Elle avait remarqué que la durée variait très largement selon les individus, il devait y avoir une raison précise. C’est pourquoi elle pensa ne pas avoir une minute à perdre dans le corps de l’individu. Isidora se releva et commença à chercher des preuves d’identité à fournir à la police dans ses poches. Un relevé dans un magasin payé en liquide, du cash, un couteau à tout faire, l’emballage d’un paquet de chips…mais rien d’utile. A défaut, il fallait rapidement appeler la police pour qu’ils viennent l’arrêter. N’était-ce pas la procédure en cas d’urgence ? Alors qu’elle s’apprêtait à les contacter, elle remarqua la présence de la jolie voix non loin. Avec une fourchette à la main. Pensait-elle s’en servir pour attaquer l’intrus ? Entre un livre et un couvert, c'était furieusement comique.

- Suis-moi !

Accordant la parole à un geste, elle prit sa main libre et l’entraîna en bas, enjambant son corps d’origine au passage. Isidora prit le téléphone derrière le comptoir et composa le numéro de la police. Ils devaient arriver dès que possible, voilà qui était rassurant. Vingt minutes ? Trente ? Une heure ? Impossible de savoir. Si entre-temps le « lien » était rompu, que leur arriveraient-elles alors ? Elle ne s’était jamais risquée à tenter une seconde possession chez un même individu, ou encore deux possessions successives. C’était bien trop risqué. Un de ses grands cauchemars demeurait de rester piégée dans un autre corps par accident, de façon permanente. Il fallait prendre toutes les mesures de précaution possible en attendant leur arrivée imminente. Elle avait vidé ses poches là-haut, ce qui voulait dire qu’il n’aurait rien pour s’échapper d’une pièce avec une porte fermée à clé. La plus proche restait la cuisine, mais les armes à sa disposition étaient trop nombreuses. L’illumination lui arriva sur le tard, alors qu’elle tournait en rond dans le salon avec anxiété : le placard à provision. Elle courut à l’étage pour prendre la clé en question du trousseau qu’elle avait dans son sac puis redescendit en vitesse en bas. La porte du placard à provision une fois fermée ne s’ouvrait qu’à l’aide de la clé.

- Désolé mais je vais avoir besoin de te faire confiance l’espace de quelques minutes.

Si posséder quelqu’un était facile, quitter le corps de l’hôte volontairement était une autre affaire. Dans la même lignée de « moins j’essaie d’y penser, plus j’y pense », plus Isidora essayait de quitter un corps, moins elle parvenait à reprendre son corps d’origine. La jeune femme déposa la clé sur le comptoir et alla s’enfermer de son propre chef dans le garde à manger. Elle laissa volontairement la lumière fermée pour qu’il soit désorienté à son réveil. Une minute, puis deux, puis trois. Isidora se tentait de se concentrer mais son esprit était tourmenté par mille autres questions. Où en était la police ? A quoi pensait la jolie voix ? Son pouvoir l’avait-elle effrayée ? Combien coûteraient les frais de réparations ? C’était à se frapper mentalement. Au bout de dix minutes, elle finit par se rendre à l’évidence. Ce n’était pas le bon moment, elle réessayerait plus tard. Elle tâta à l’aveugle la porte pour trouver la poignée et la tourna…dans le vide. Il eut un moment de blanc. Quelques secondes durant lesquelles elle tenta de comprendre pourquoi la porte ne s’ouvrait pas malgré ses efforts.

Elle était tombée dans son propre piège.
La clé était à l’extérieur.
La pièce était fermée et insonorisée.
Aucun moyen de contacter la jolie voix.
Elle ne lui avait même pas expliqué son plan.

C’était stupide à en pleurer. Isidora passa par un tas d’émotions en peu de temps : la consternation, la colère, le désespoir, la panique. La résignation fut la dernière à arriver. La police allait finir par arriver, c’était une évidence non ? Il lui fallait juste attendre. Cette soirée était en passade de devenir une des pires de ces dernières années. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même : à force de jouer solo, Isidora se retrouvait toujours en grande difficulté.
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