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 Un impact imminent ft. Bran Duvessa


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Isidora Magnus
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Dim 5 Juin - 7:10
Il était 20h et Isidora venait à peine de fermer le salon. Ces derniers temps, elle y passait littéralement sa vie. Une fuite en avant, d’après le psy. Qu’est-ce qu’elle en savait elle, après tout elle faisait ce qu’il y avait à faire pour survivre. Elle détestait les psy. Leur façon de regarder à travers elle pour voir au-delà des apparences. Les apparences étaient ce qui maintenait toute son existence en place : sans elles, Dido n’était plus rien. Le salon, les clients, son petit projet n’avaient plus aucun sens. Alors elle préférait ne pas trop y penser. Les séances étaient là juste pour faire illusion. Le psy faisait son travail, elle le sien ; c’était ainsi que tournait le monde. Pourtant, cela n’empêchait pas le fait qu’elle faisait presque partie intégrante du mobilier. Peut-être était-ce ce qu’elle recherchait après tout ? Ne faire qu’un avec cet endroit qui lui servait tout autant de travail que de refuge. Elle y avait choisi chaque objet un soin obsessionnel. Pour l’heure, elle était à nouveau dans la jungle comme elle l’appelait avec amertume. Dénomination qui englobait le monde au-dehors de son petit appartement douillet et de son cocon. Dido détestait le monde extérieur et celui-ci le lui rendait bien. Le bruits des rues, les couleurs des néons des enseignes, les odeurs des passants et des restaurants…Tout cela l’insupportait.

Son espace vital était constamment en danger. Pour quelqu’un comme elle qui ne supportait pas les interactions au-delà de sa zone de contrôle, chaque sortie devenait un combat. Isidora avait développé toutes sortes de techniques pour réduire les « risques » au minimum : baisser la tête pour éviter tout contact visuel, se faire toute petite, ignorer les commentaires la concernant. La règle numéro 1 était de marcher vite : assez pour dissuader les inconnus mais pas assez pour passer pour une folle. Parce qu’il ne fallait surtout pas que cela apparaisse dans le rapport du psy. Etre internée aurait été la pire des trahisons après tout ce que ses parents avaient fait pour qu’elle soit libre et indépendante. Ils avaient tellement confiance en elle. Non, elle devait maintenir ses angoisses bien cachées et tout irait pour le mieux. Ce soir-là, Isidora était obligée de passer par un bar du centre-ville pour récupérer une livraison urgente pour le lendemain. Elle avait essayé de négocier l’endroit bien entendu, mais le livreur lui avait fait clairement comprendre que c’était là ou elle pouvait dire adieu à son précieux colis. Elle n’avait donc pas le choix…c’était ce qu’elle se répétait telle une prière en marchant. On aurait pu croire qu’avec les années, la sensation de vulnérabilité qui l’envahissait finirait par rejoindre le néant.

C’était en réalité de pire en pire.

Quelqu’un qui me suit.

Cela faisait maintenant cinq bonnes minutes qu’un étranger calait ses pas sur les siens, malgré ses changements brusques d’orientation pour arriver à destination. Elle aurait pu s’arrêter et lui demander quel était son problème…dans une autre vie. Elle aurait aussi pu courir si elle n’avait pas eu la mauvaise idée de mettre des chaussures à talons (en même temps elle n’en avait pas de plates) pour se rendre dans le fameux bar. Après réflexion, sa tenue non plus n’était peut-être pas adaptée pour se rendre la nuit dans ce quartier. Pourquoi avait-elle mis sa robe en velours bleu ciel aujourd’hui ? De plus, il n’y avait aucune arme dans son sac à main qui puisse lui venir en aide. L’adrénaline submergeait son cerveau au fur et à mesure que la distance se raccourcissait. À coups d’œil réguliers, elle le voyait toujours derrière elle. Restait toujours l’option de la paranoïa, mais les circonstances ne penchaient pas dans ce sens. Si l’inconnu était pacifique, pourquoi ne lui avait-il pas parlé dès le début ? Tandis que ces interrogations planaient au-dessus d’elles comme des vautours autour de leur futur repas, l’objet de ses pensées coupa court à toute réflexion. Alors qu’elle s’apprêtait enfin à entrer dans le bar, Isidora sentit une main se poser sur son épaule. La chair de poule fit frissonner chaque centimètre de sa peau et par réflexe, elle sursauta violemment. Sa réaction déconcerta l'homme en question.

- Excusez-moi…

Isidora se retourna brusquement pour mettre la plus grande distance possible entre l’individu et son propre corps. En position de défense, les bras pliés contre sa poitrine, le souffle court, on aurait dit qu’elle était prête à se battre. Hors elle ne bougeait plus. Sans le mouvement rapide de sa poitrine pour attester de sa respiration, on l’aurait prise pour une statue. Alors que l’inconnu essayait de comprendre en silence le malaise qu’avait causé son geste, Dido détailla les traits de son visage, la couleur de ses cheveux, son style vestimentaire. Plus elle le regardait, plus il lui semblait familier. D'où venait ce sentiment ? Puis soudain, elle eut l’illumination du siècle : c’était un client du salon de thé.

Bien entendu !

Elle avait mis un certain temps à le reconnaître, car il ne portait pas cravate et costume comme à son habitude. Raven Uji. Cela lui revenait maintenant : la trentaine, célibataire, garde du corps depuis peu. Il prenait son thé noir, sans sucre et sans pâtisserie. À la dure comme il radotait en plaisantant. Elle devait lui dire quelque chose, s’excuser pour son incompétence et revenir dans son rôle. Lui ne connaissait que La Maîtresse et La Maîtresse ne prenait pas des airs de jeune demoiselle effarouchée au contact de l’autre sexe. Mais plus elle y pensait, moins elle arrivait à reprendre contenance. Il finirait bien par partir non ?...Non ? Le silence lui paraissait interminable. Elle entendait son propre cœur danser la samba et résonner dans ses tempes. Dans peu de temps elle finirait par s'évanouir : c’était une vraie torture.

Je t’en supplie. Aide-moi.

- Pardon de vous avoir dérangé, j’ai dû me tromper de personne. Bonne soirée.

Il y avait de la pitié dans sa voix, elle l’entendit immédiatement. Il savait qu’il ne s’était pas trompé, mais plutôt que de la mettre dans l’embarras, il ne avait préféré prétendre le contraire. Ainsi, elle le vit continuer son chemin plus loin dans la rue jusqu’à disparaître de sa vue et resta plantée là. C’était pire que tout en définitive. Car soit il ne reviendrait plus au salon et c’était un client de perdu, soit il reviendrait, mais agirait en conséquence de leur rencontre foireuse, soit il reviendrait et lui poserait des questions ou ferait des remarques sur ce qui s’était passé. Dans tous les cas de figure, elle n’en dormirait pas de la nuit. Et tandis que tous ses muscles se relâchaient les uns après les autres et que sa respiration reprenait un rythme convenable, elle ne pouvait pas se résoudre à entrer dans le bar. Ou même à regagner son havre de paix les mains vides. Non, elle restait pétrifiée sur place à nouveau comme si cela lui permettait de ne pas affronter la réalité. Isidora fonçait droit dans le mur et dans l’absolu, rien ne semblait pouvoir ralentir la collision qui mènerait à sa perte.
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Bran Duvessa
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Mar 7 Juin - 23:31
C'était un soir bien emmerdant pour notre corbeau. Ses journées commençaient normalement la nuit pour lui, après tout, les criminels et les racailles ne se pointaient pas la face pendant qu'il faisait soleil, bien trop de lumière claire pour éclairer leur pauvre petits yeux habitués à la douce lumière de l'astre lunaire. Ainsi donc, avant qu'il y ai vraiment de quoi d'intérêt outre sa routine, il fallait attendre la tombée de la nuit en général, en omettant les cas particuliers où certains jours étaient plus animés que d'autres, mais ça c'était une autre histoire. Aujourd'hui, à son insu,  le grand dieu inexistant avait créer une mise en scène qui allait venir t'enmerder, t'ennuyer, te faire crier de platitude,  car en plus de la routine, tout allait trop bien, il semblait que rien ne pouvait lui donner une opportunité pour agir, le rendre plus utile que de simplement maintenir son réseau.  Il en connaissait bien son importance, après tout c'était  bien Bran qui l'avait monté de ses propres mains, c'était son réseau et il l'aimait bien, mais c'était tout aussi son droit de le trouver ennuyant quand il n'y avait rien qu'il l'intéressait ou qui pouvait lui être utile donc depuis son réveille dans un parc où il traînait d'habitude, rien ne s'était passé depuis, et il n'avait pas créé un grand réseau d'information pour ne rien faire, cette idée ridicule lui soutira un sourire et son dernier contact l'avait apporté au centre-ville. En sortant de chez la dite personne, il venait officiellement de finir sa journée, et était libre comme l'air et pouvait enfin profiter de son ennui en toute tranquillité d'esprit.

C'est dans l'espoir de vaincre l'ennui que Corbeau prit la décision de rester dans le centre-ville à la recherche d'une aventure ou d'un imprévu qui viendrait égayer sa soirée, elle était encore jeune et lui aussi. Il était dans les alentours de 20h la dernière fois qu'il avait regardé sa montre analogue qui traînait au fond de sa poche, l'heure ne lui importait pu à ce moment mais c'était toujours bien de situer le temps quand on vagabondait sans but précis. Il se promenait vaguement quand quelque chose attira son attention, ou plutôt, sa curiosité insatiable. Il était en train de sortir d'une ruelle quand une jeune femme plus petite de deux trois centimètres que Bran passa devant lui sans lui prêter aucun attention.  Que se passe-t-il, c'était sa question du moment, puis il entendit des bruits de pas qui semblait suivre rapidement la femme en fuite. Par simple mesure de précaution, le Corbeau prit sa forme spectrale, imperceptible de tous, il décida de suivre l'homme étrange qui suivait la jeune femme, il venait de trouver un moyen pour chasser son ennui. Sans crainte, il suivit l'homme qui semblait suivre avec insistance la jeune femme et celle-ci s'arrêta quand elle avait atteint la porte d'un bar comme tant d'autres. Bran s'approcha des deux individus pour mieux observer la situation. Au premier coup d'oeil, l'homme ressemblait à un habitué du mensonge, et Corbeau voulait bien savoir à qui il parlait, il semblait connaître la jeune femme mais la demoiselle ne disait pas un  mot, donc il passa sa tête à travers le torse de l'inconnu pour regarder la femme qui était interpellée par l'homme. Si il Bran aurait payé attention aux détails, il se serait rendu compte très vite qu'il connaissait déjà la jeune femme. Ces longs cheveux mauves, ce doux visage de porcelaine, de grands yeux d'améthyste, doté d'un mince sourire effacé, de longs bras frêles qui accompagne sa taille svelte, habillée d'une robe de velours bleu ciel. Au premier regard, on aurait dit une poupée de taille humaine, fait de porcelaine fine qui semblait presque immuable à travers son souffle court.  Après quelques secondes, il avait reconnu la femme qui était devant lui, Isidora Magnus, ou de son titre "La Maîtresse". Par induction, le jeune homme intangible avait conclu que l'homme était un client qui avait aussi reconnu la tenancière du salon. Malheureusement pour l'homme, il se heurta au silence de la jeune femme malgré toute l'insistance qu'il mettait dans ses supplications. Elle jouait bien le rôle d'une poupée de porcelaine, Bran devait bien l'admettre, et l'homme dans lequel il avait  logé sa tête ne comprenait plus rien à ce qu'il se passait. Après un moment de silence, il abandonna sa vaine entreprise pour partir. Que faisait la maîtresse alors? L'homme affichait un air dépité et parti pour de bon, blessé par l'indifférence de la douce Maîtresse qui offrait un havre éloigné de toute la dureté et la cruauté de ce monde, mais à l'extérieur, elle n'était pas à l'image de son rôle, elle n'était plus hôtesse mais poupée de porcelaine animée. Si elle semblait indifférente pour le monsieur, Bran y voyait autre chose. Ce qu'il percevait de la jeune femme n'était pas de la froideur, c'était de l'anxiété, de la peur, son visage avait beau tenter d'imiter l'immobilité de la céramique, il n'en restait pas moins humain. Chaque petit trait de visage, ces petites pupilles dilatées, le souffle court, cet état fixe, tout était indicatif de cette peur. Puis la poupée de porcelaine décida de se pétrifier sur place pour devenir statue de plâtre. Bran, en vrai altruiste qu'il était, ou opportuniste, tout dépendait du point de vue, Bran se matérialisa derrière elle pour venir attirer son attention avec un petit tapotement sur l'épaule droite de la jeune femme et la salua en guise d'introduction, et prononça la phrase suivante pour essayer de la rassurer, avec un peu de sarcasme dans sa voix:

-La porte est devant vous, mademoiselle Magnus.

Il fallait bien dire quelques mots, avait conclu Bran, après tout c'était une partenaire de travaille avec qui c'était plaisant de discuter dans son salon, perdre un grenier serait bien fâcheux aussi. Il profita de l'air ahuri de la demoiselle pour la prendre par la main et la guider à l'intérieur du bar qui devait être sa destination, si l'intuition de Corbeau était bonne. Avant d'ouvrir la porte, il se retourna pour parler un peu, et en même temps expliquer son comportement qui devait paraître étrange à la femme apeurée.

- Ce soir, aucun de nous deux travaillent, donc vous allez être mademoiselle Magnus, et vous m'appellerez Duvessa si le coeur vous en dit, mais je vous prierais néanmoins de m'appeler Duvessa,vous choisirez votre nom, après tout, ce n'est pas tout les gens doivent savoir qui nous sommes, n'est-ce pas,  mademoiselle Magnus?

C'était bien vrai, il avait terminé ce soir, elle aussi, donc il n'avait plus à être le Corbeau en sa présence mais bien Duvessa, il pouvait bien donner son nom en échange du sien, mais tout savoir était requis pour le métier qu'exercait Bran, après tout. L' information périmé n'avait aucune utilité pour lui ou son réseau, donc pour assurer la qualité de cette ressource, elle devait être constamment renouvelée. Duvessa ne regrettait en rien sa rencontre avec Isidora, après tout il n'avait rien à faire et elle si, il ignorait la tâche de la mauve mais cela semblait assez intéressant pour lui de rester et accompagner la jeune demoiselle jusqu'à la fin. Maintenant à l'intérieur du bâtiment, Bran guida la jeune femme au comptoir en face d'eux et lui montra un tabouret d'un signe de main. C'était une invitation pour prendre place sur le siège. Alors qu'il fit signe au barman de s'approcher pour passer une commande, Bran venait de réaliser quelque chose quand il regarda Isidora. Elle qui était habillée de velours  contrastait avec les vêtements simple que portait Bran. Vêtu de manière à être le plus banale possible, le jeune homme faisait pâle figure à côté de la Maîtresse, décidément, si le rôle de Bran demandait une certaine discrétion, celui de de la demoiselle demandait flamboyance et flair, et son style vestimentaire en était une preuve voyante de cette marginalité. L'absurdité du contraste n'échappait pas à Bran et il tenta de retenir son rire et lâcha un rire étouffé en guise de compensation. Avant que quiconque puisse lui demander l'origine de son rire, le barman approcha l'étrange duo et Duvessa pointa une bouteille de fort aléatoirement, et avec des gestuelles, il fit comprendre au barman qu'il désirait deux onces de n'importe quel fort et d'offrir à la dame ce qu'elle voudrait bien boire, que ce soit un verre de lait ou une bonne bière. Après, il se retourna en direction de la jeune femme avec un grand sourire, Bran espérait lui avoir donné assez de temps pour reprendre contrôle d'elle-même, et ainsi d'être en mesure de répondre à ses questions et sans hésitation il entama de nouveau la conversation.

-Dites-moi Mademoiselle Magnus, qu'est-ce qui peut-être si important pour que la maîtresse elle-même ose sortir de son salon douillet et sécuritaire pour se retrouver dans dans un bar fréquenté par des individus louches et de basses morales?

Cette phrase était teinté d'ironie, mais ne cachait en rien sa  vrai intention: Il était vraiement curieux de savoir ce qui pouvait bien amener Isidora, une introvertie qui semblait atteinte d'anxiété sociale en dehors de chez elle. Il fut dérangé par l'arrivée du barman qui déposa son verre sur le comptoir et prit ses onces de fort en main, et avec un sourire amusé, il le bu cul sec en attendant la réponse de la jeune femme, il était vraiement impatient d'entendre sa réponse.
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Isidora Magnus
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Mer 8 Juin - 7:15
-La porte est devant vous, mademoiselle Magnus.

Elle était au bord de la crise cardiaque et toutefois le son de sa voix calma en partie son angoisse. Le corbeau tenait bien son surnom : il était apparu de nulle part, tel une chimère dans les ténèbres. Bien qu’il parût bienveillant, Isidora ne pouvait pas baisser sa garde. Cela faisait maintenant des années qu’elle avait construit ce mur gigantesque entre elle et les autres ; il ne pouvait pas être démonté facilement et impossible en théorie de passer à travers. Ce n’était pas un inconnu pourtant, enfin dans le sens où elle l’entendait : il y avait un lien entre eux, quelque chose de moins superficiel que son rôle de Maîtresse. C’était le grenier entre autres. Elle fut surprise de constater qu’il la connaissait sous l’un de ses visages, mais ne semblait pas surpris à la vue de sa véritable nature, celle qu’elle ne montrait à personne.

Alors qu’il l’amenait à l’intérieur du bar, elle songea que c’était peut-être la meilleure des idées pour éviter un autre contact impromptu. Elle ne supporterait qu’un seul cette nuit, il en allait de sa sécurité mentale. Au centre-ville, on pouvait croiser toutes sortes d’individus : il n’était pas impossible qu’un autre client du bar soit aussi un de ses clients. Elle priait très fort pour que ce ne soit pas le cas, mais au cas où, la présence du corbeau pourrait sans doute dissuader toute tentative d’approche. Enfin, c’était ce qu’elle espérait alors.

- Ce soir, aucun de nous deux travaillent, donc vous allez être mademoiselle Magnus, et vous m'appellerez Duvessa si le coeur vous en dit, mais je vous prierais néanmoins de m'appeler Duvessa,vous choisirez votre nom, après tout, ce n'est pas tout les gens doivent savoir qui nous sommes, n'est-ce pas,  mademoiselle Magnus?

C’était la deuxième fois qu’il l’appelait par ce nom, mais elle n’y réagit qu’à ce moment-là. Mademoiselle Magnus était uniquement utilisée par les scientifiques qui lui faisaient les injections annuelles. C’était une dénomination trop clinique pour une rencontre de la sorte. Pour les membres du service public, elle était Isidora Magnus et pour le reste du monde, c’était La Maîtresse ou rien d’autre. Tandis qu’il l’invitait à s’asseoir sur un tabouret, elle se rendit compte qu’elle était à l’intérieur du bar et chercha des yeux le livreur, l’objet de son déplacement. Mais il n’était nulle part. Elle regarda discrètement sa montre et vit qu’il avait 10 minutes de retard. Rien d’insurmontable en soi, elle avait l’habitude. Isidora pouvait boire un verre avec le corbeau et faire son affaire dès qu’il pointerait le bout de son nez. Pas le corbeau, Duvessa. C’était tellement étrange de savoir son nom, si c’était vraiment le sien. Après tout, il pouvait très bien lui mentir.

-Dites-moi Mademoiselle Magnus, qu'est-ce qui peut-être si important pour que la maîtresse elle-même ose sortir de son salon douillet et sécuritaire pour se retrouver dans dans un bar fréquenté par des individus louches et de basses morales?

La jeune femme leva les yeux vers le barman qui la fixait en attendant sa commande. Isidora ne buvait jamais d’alcool. Pas par principe non, mais simplement parce qu’elle n’en avait jamais eu l’occasion. Au salon, elle prenait du thé et ne sortait jamais au centre-ville pour s’amuser. Que se passerait-il si elle dérangeait à la règle ? Après tout elle était déjà loin de sa zone de confort. Bien que son corps ait arrêté de trembler, elle était toujours extrêmement sensible à son environnement. La lumière tamisée du bar, les bruits de conversations un peu partout, les parfums et les odeurs qui se mélangeaient en un dangereux cocktail.

Son regard se posa en biais sur Duvessa et elle put contempla médusée son aisance dans une telle atmosphère. Alors un réflexe ancien, du temps où elle avait dû tout réapprendre, prit le dessus. On appelait cela le mimétisme : répéter les gestes ou les paroles d’une autre personne à l’identique. Elle prit son courage à deux mains, plissa le jupon de sa robe et se pencha vers le comptoir en direction du barman.

- La même chose s’il vous plait.

Sa voix était ferme, même si elle n’avait aucune idée de ce qu’il avait commandé. Le barman haussa rapidement un sourcil puis rapporta le verre en question. Sentant son regard toujours posé sur elle - elle imaginait qu’il doutait à sa capacité à boire, ce qui était complètement compréhensible - Dido but cul sec. Monstrueuse erreur. Pour quelqu’un qui expérimentait pour la première fois une goutte d’alcool, c’était beaucoup excessif, trop rapidement.

Elle sentit le liquide lui brûler la gorge, une sensation à la fois perturbante et désagréable. Le seul point positif était que l’action n’avait duré que quelques secondes, pas assez pour que l'on puisse remarquer sa maladresse si l’on n'y faisait pas attention. Ce qui n’était pas le cas du barman qui le laissait avec un grand sourire sur les lèvres. Isidora tenta de reprendre contenance en jouant avec ses mains en dessous du comptoir, l’anxiété commençant à revenir douloureusement. Ce n’était pas une grande surprise, car prisonnière depuis longtemps, le sentiment la suivant partout.

- Je suis venue chercher un colis...Pour “Le Mensonge”. Je ne pouvais pas faire autrement.

Elle opta pour la vérité, pas qu’elle soit plus facile à dire, mais Isidora ne savait pas bien mentir. La maîtresse oui parce qu’elle avait l’habitude, mais en dehors de sa zone de confort et son rôle, Isidora était terriblement vulnérable. De toute manière, elle n’avait rien à cacher et c’était une information commerciale. Par réflexe, elle regarda son téléphone portable à la recherche de nouvelles sur son colis : un nouveau message “problème de dernière minute, j’arrive quand je peux”. Génial, maintenant elle était obligée de passer la soirée dans ce bar. Son cœur s’emballa à cette perspective et elle dut prendre sur elle pour ne pas hurler de frustration.

Les larmes lui montèrent aux yeux alors que la jeune femme essayait de son mieux pour contrôler ses émotions depuis qu’elle était sortie du salon. Par dépit, elle leva à nouveau les yeux vers le barman et commanda un autre verre. Quitte à faire passer la pilule amère, autant le faire avec de l’alcool. Alors qu’elle buvait cul sec son deuxième verre en moins d’un quart d’heure, elle reporta son attention sur Duvessa qui n’avait pas émis de commentaires jusqu’à présent. Elle le remercia par la pensée (non pas qu’il puisse l’entendre) de ne pas avoir fait de remarque sarcastique sur son attitude dans le bar.

- Et vous, Duvessa, qu’est-ce qui vous amène dans ce coin ? Appelez moi Isidora. Mademoiselle Magnus, c’est bon pour les scientifiques et leurs injections. Je doute que quiconque ici connaisse mon prénom.

Repoussant une mèche derrière son oreille, elle attendit sa réponse en le regardant. Il était fort probable qu’il lui réponde que cela avait eu avec ses corbeaux, mais dans le cas contraire, elle pourrait, peut-être, apprendre quelque chose d’intéressant sur lui. La probabilité pour que cette situation se reproduise était proche du néant absolu alors essayer de survivre le mieux possible paraissait la solution la plus raisonnable. La chaleur de l’alcool commençait à lui monter à la tête, détendant ses muscles et réchauffant sa peau. Pour la première fois depuis le début de leur rencontre fortuite, Isidora commençait vraiment à se relaxer et à oublier pourquoi, en absence de raison rationnelle, elle avait si peur du monde extérieur.
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Bran Duvessa
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Sam 11 Juin - 7:36
Au "Mensonge", elle était réellement en position de pouvoir, Maîtresse des lieux et d'elle-même, rien ne semblait l'atteindre. Elle avait seulement besoin de sortir en dehors de son chez-soi pour perdre toute contenance et pour se transformer en une bête apeurée, à chacun sa frayeur pensa Bran. Isidora était un personnage intéressant, non pas seulement par ses accoutrements particuliers, mais aussi par sa façon d'être et de gérer les aléas de la vie. La voire assise, sur le tabouret à côté du jeune homme devait être un spectacle étrange pour tout observateurs externes, et cela l'était aussi pour Duvessa, mais c'était plaisant, aucunement dérangeant, seulement différent, après tout, il était rare pour lui de se retrouver avec une partenaire de travaille au bar, encore plus Isidora qui s'était enfermée dans sa prison pour ne pas avoir à en sortir. Comment agir dans ces là? Il n'en avait pas la moindre idée, l'improvisation et l'intuition était ses meilleurs atouts quand il était exposé à des situations à laquelle il n'avait jamais fait face,  et il fallait bien l'admettre, pour tuer l'ennui qui venait le hanter quand il n'avait rien à faire. Il devrait peut-être remercier son instinct de l'avoir apporté au centre-ville, et par la même occasion, la maîtresse pour avoir donné au Corbeau l'occasion de chasser le calme pour un court moment, il était prêt à en profiter. Peu après qu'il ait passé la commande, la poupée de porcelaine décida de faire de même et prit la même dose d'alcool que lui, pendant un instant il se demanda si c'était une bonne idée, au premier coup d'oeil, elle ne semblait pas exposée ni habituée à la l'alcool, à moins qu'elle boive des thés avec de la crème alcoolisée musa Bran à l'intérieur de lui-même. Néanmoins c'était le choix de la femme et le ridicule de la situation ne le lui échappait pas, il était habitué à en rire, mais il décida de se taire et simplement d'afficher un sourire alors qu'elle imitait Bran. Définitivement ce n'était pas de la petite bière, mais bien de la chartreuse, il avait un petit faible pour cette liqueur alcoolisée, puis, l'expression de dégoût qui vint déformer le visage de marbre d'Isidora donna raison à Bran, elle n'avait presque aucune expérience avec l'alcool, il devait tout de même respecter sa force de caractère.

Il fit signe alors au barman de le resservir et c'est à ce moment qu'elle choisi de répondre enfin à la question du jeune homme, qui ne se fit pas prier pour l'écouter. Chaque mot que prononçait Isidora atteignait leur cible sans faille, et c'est ainsi que Bran découvrit la raison derrière la venue de "La Maîtresse" dans un lieu qu'on peut qualifier d'insolite quand on connaît un peu le personnage qu'elle était. Un colis, certainement un colis qu'elle ne pouvait pas recevoir directement chez elle, sinon elle ne serait pas ici déduit Bran. Donc qu'est-ce que pouvait bien contenir le colis pour que la demoiselle doive se pointer malgré elle dans ces lieux où elle faisait tache avec aise, certainement à son insu, pas seulement l'habit qu'elle portait, ses manières et sa façon d'agir la trahissait. Si Bran avait été assez patient, et que cette patience fut récompensé par une réponse, cela n'avait en rien satisfait sa curiosité ni son intérêt, au contraire, la réponse n'avait eu que pour unique effet que de grossir ces émotions en l'égard de la jeune femme. Décidément son ennui était bel et bien parti pour l'instant. Alors qu'il la fixait en silence, avec un sourire qui se voulait amical et sympathique, il remarqua la nervosité de la demoiselle, elle était définitivement dans tout ses états. C'était dommage pensa-t-il mais nécessaire rajoutait-il pour lui-même. Alors qu'il eut cette pensée, la jeune femme regarda son portable, étrange appareille aux yeux de Bran qui n'utilisait aucunement ces types d'outils électroniques, mais il en connaissait le principe, dans sa globalité, c'était comme ses corbeaux, sauf en moins efficace à son avis.

Elle avait dû certainement recevoir une mauvaise nouvelle, car peu après qu'elle ait regardée son portable, la panique qui l'habitait semblait prendre de l'ampleur pour devenir une sorte de terreur incontrôlable. Son visage était en train de devenir larmoyant, Bran pouvait voir les larmes humidifier temporairement le minois de la jeune femme. Cela ne dura que pour des courtes secondes car elle venait de trouver un moyen qu'elle jugea efficace pour combattre sa peur et son anxiété. Armée de courage, elle prit un second service du même liquide qu'on lui avait servi avant, et Duvessa qui était bon joueur cala son verre en même temps pour suivre sa partenaire de travaille . Évidemment, il ne fit pas ce geste sans ironie, Corbeau savait très bien ce qu'Isidora cherchait à faire: noyer son problème. Il le savait très bien que cela n'était jamais une bonne solution,  mais c'était à elle de le découvrir par l'expérience, peut-elle trouvera-t-elle la solution à son problème dans le fond de la bouteille pensa Bran mi-sérieux, mi-amusé. Le jeune homme fit signe de remplir les verres un fois de plus, si elle voulait se noyer, il fallait bien lui montrer comment faire, sans pour autant dépasser la limite, il ne souhaitais pas commettre des erreurs depuis qu'il en a déjà fait quelques unes avec de l'alcool. Comme il s'y attendait déjà, Bran n'avait pas montrer de réaction quand Isidora, et pas mademoiselle Magnus, le Corbeau n'était pas un scientifique et ne les aimait pas plus, posa sa question. De toute évidence, ce soir il allait faire du: une question pour une question, dans ces cas-là il fallait faire attention, après tout,  il ne peut pas dévoiler tout ses secrets pour répondre à une question mais il se doutait que la jeune femme n'ait pas de mauvaises intentions. La question n'était pas mauvaise, que faisait-il ici? Bran est un personnage excentrique, donc il doit bien avoir une raison intéressante derrière tout ça, mais ce n'était pas le cas, donc il allait en profiter, il afficha un large sourire alors qu'il répondait à Isidora.

-Ce soir, j'avais une belle soirée entraînante et plaisante, jusqu'à temps que je te rencontre, Isidora...

Il prit le temps de se donner une pause dramatique pour laisser ses paroles s'imprégner dans le cerveau de la jeune femme, puis son visage fut habité d'un sourire ironique qui affichait le ridicule de la situation, il ne pouvait pas s'empêcher en fait.

-Ou, il y a toujours la possibilité que c'est dans l'espoir de vaincre la vilaine bête qui est l'envie que je me promenais dans ces lieux, et notre rencontre à été un heureux hasard pour moi puisque l'ennui est maintenant vaincu.

Il rit, il aimait bien son ironie, aussi merdique qu'elle pouvait être, c'était la sienne. Comment l'avait elle prit? Bien, c'est ce qu'il espérait, mais la peur fait bien des choses étranges donc il fallait être mieux être prudent et de ne rien as créer des problèmes sans avoir un bon motif. Il prit le verre qui était maintenant plein à nouveau, et regarda Isidora dans les yeux un instant pour sentir le moment présent et s'exprima en direction d'Isidora.

-À mon avis, je  préfère ma deuxième histoire, elle ne sonne pas authentique, mais elle décrit tout de même la situation actuelle dans laquelle nous sommes.

Après ce monologue, il prit son verre et le bu cul sec. Cette fois-ci, cette gorgée se fit plus violente que la dernière, et comme réaction Bran expira bruyamment pour chasser le mauvais qui n'a pas passé dans le tuyau. Son gosier maintenant bien arrosé, il se concentra sur Isidora pendant un instant, et il décida maintenant de poser sa question puisqu'il avait répondu à la sienne. Sans hésitation, le Corbeau ayant déjà sa question, il fit sa requête à la demoiselle pour calmer l'impatience qui se manifestait en lui.

-Donc t'es ici pour ramasser un colis, et je fais preuve de banalité en te posant la question typique: c'est quoi le colis?

Un sourire de joie naissa  sur le visage de Bran après d'avoir parlé, le sarcasme était bien placé, et il venait d'obtenir une réponse de plus. Ça allait bien comme petite soirée à l'improviste, et c'était un bon tue-temps qui fonctionnait à merveille. Maintenant, tout ce qu'il avait à faire, c'était de continuer la soirée jusqu'à son paroxysme, et de continuer ce petit jeu pour le temps que ça dure.
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Isidora Magnus
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Mar 14 Juin - 5:58
-Ce soir, j'avais une belle soirée entraînante et plaisante, jusqu'à temps que je te rencontre, Isidora...

Vraiment ?

-Ou, il y a toujours la possibilité que c'est dans l'espoir de vaincre la vilaine bête qui est l'envie que je me promenais dans ces lieux, et notre rencontre à été un heureux hasard pour moi puisque l'ennui est maintenant vaincu.

Isidora resta interdite face à sa réponse pleinement ambiguë. Il aimait jouer avec les mots, c’était évident. En temps normal, son stress aurait resurgit de plus bel mais, il était anesthésié par l’alcool.
Mais jusqu’à quand ?

-À mon avis, je  préfère ma deuxième histoire, elle ne sonne pas authentique, mais elle décrit tout de même la situation actuelle dans laquelle nous sommes.

Sans doute.

-Donc t'es ici pour ramasser un colis, et je fais preuve de banalité en te posant la question typique: c'est quoi le colis?

Tu ne lâches pas le morceau pas vrai ?!

- Ce sont des uniformes de travail pour le salon. La couturière n’a pas de boutique officielle donc je suis obligée de passer par ce livreur. Malheureusement, le retard semble être sa spécialité.

Qui a dit qu’une demi-vérité est un mensonge complet ?

L’effet de sa réponse fut immédiat et elle maudit rapidement son corps pour cela. Elle commença par rougir - sensation hautement désagréable - et sa respiration se fit plus irrégulière. La chaleur qu’elle avait éprouvée auparavant la dérangeait vraiment à présent. Elle appela le barman pour lui demander un verre d’eau avec des glaçons : ce dernier rigola en se retenant à peine. Heureusement le verre arriva sans traîner et elle put boire à grandes gorgées le liquide glacial qu’il contenait. Son soulagement fut de courte durée : au moment même où elle reposait le verre, son téléphone sonna pour la ramener à la réalité.

- Oui ?
- C’est moi. Adam.
- Quand arrives- tu ?
- A ce propos, je vais pas pouvoir continuer.
- Quoi ?
- J’ai réfléchi tu sais...et j’ai pas envie d’avoir des problèmes.
- Où es le colis que tu devais me livrer ?
- Je l’ai déposé dans l’escalier de ton appartement. Ne t’inquiète pas, personne ne m’a vu.
Pas besoin de payer la livraison, ce sera mon cadeau pour me faire pardonner. Bye.

- C’EST PAS VRAI !!!

Elle avait hurlé tellement fort que tout le bar l’avait entendue. Un silence de mort régna l’espace d’une minute avant que les conversations ne reprennent de plus belle. Isidora avait explosé mais on n’était pas à l’abri d’un retour du boomerang. La rage qui l’habitait lui faisait perdre toute notion de sang-froid. Il ne pouvait pas la laisser tomber de la sorte. Elle avait besoin de ces colis. Alors que la jeune femme tremblait de fureur, le barman s’approcha à pas de loup une bouteille à la main (la même qui avait servie pour Bran et elle-même) pour lui demander si elle voulait un autre verre. Sa réaction totalement disproportionnée la poussa à poser le dernier billet qu’elle avait sur elle pour acheter le reste de la bouteille. De toute manière, la soirée ne pouvait pas plus mal tourner. Elle ne pensait même pas au taxi qu’elle devait prendre pour rentrer et qui venait maintenant de disparaître avec le fameux billet. La colère l’empêchait d’être raisonnable, de penser correctement et la poussait toujours au pire. Dido servit le verre de Bran puis le sien qu’elle but cul sec. Sa vision se brouilla et le bruit ambiant du bar se réduisit à un chuchotement.

- Buvez, c’est moi qui offre.

Si seulement elle pouvait posséder quelqu’un là tout de suite. Renaître l’espace d’une soirée dans la peau d’un autre. L’idée s’infiltra dans son esprit comme un poison, un qu’elle ne connaissait que trop bien. Malheureusement, elle n’avait jamais eu de contact de physique avec Bran ou un quelque conque inconnu dans ce bar. En plus, elle était pratiquement sûr que son aptitude ne marcherait pas sous l’emprise de l’alcool. Tandis que Isidora se sentait submergée par tant de sentiments à la fois, son esprit se rappela l’origine de son malheur. Uranie, la mère de Danaé. La mère, la femme, la couturière. Le passé qu’elle ne parvenait pas à oublier. Tout avait commencé il y a six mois, lorsqu’elle avait reçu un coup de téléphone. Uranie lui avait annoncé qu’ils étaient dans une période sombre, que son mari avait perdu son travail suite à la mort de Danaé et que celui qu’il avait depuis ne suffisait plus désormais à subvenir à leurs besoins. Elle avait bien essayé de trouver du travail mais la réputation de sa famille avait été détruite. Les gens avaient peur d’elle, de ce qu’elle représentait. Ils avaient dû déménager dans un petit appartement.

Elle avait entendu parler de son salon et penser pourvoir l’aider. Isidora ne savait pas quoi lui répondre. Visiblement Uranie n’était pas au courant. Alors qu’elle avait juré à ses parents de mettre le fantôme de Danaé derrière elle, de tirer un trait pour avancer, une partie d’elle-même - qu’elle haïssait par dessus tout - avait fini par prendre le dessus. Elle avait possédé un facteur pour pouvoir les voir à nouveau sans être reconnue. C’était de la bienveillance. Mais comment justifier la deuxième et la troisième fois ? Heureusement ses parents l’avaient surprise avant que ça n’aille plus loin, ils avaient prévenus la police de l’incident tout en évitant de rentrer dans les détails. Isidora avait l’interdiction de s’approcher de la maison ou d’entrer en contact avec la famille de Danaé. Comment Uranie ne pouvait-elle pas le savoir ?

Dido avait sentit dans le son de sa voix l’urgence et le désespoir. C’était de sa faute après tout. Alors elle avait accepté qu’elle participe à la décoration du salon en faisant de nouvelles nappes, des serviettes aussi. Elle avait embauché un livreur qui savait se faire discret en échange d’argent et de ne jamais se voir au même endroit à chaque fois. Dans chaque colis la mère glissait un petit mot de remerciement et Isidora les gardait tous précieusement. Une façon pour elle de penser des blessures qui ne se fermeraient jamais. Elle savait pertinemment que c’était malsain de conserver un lien avec Uranie. Pourtant, à chaque fois qu’elle se baladait dans son salon et que son regard se posait sur l’une de ses créations, elle se sentait habitée par la même sensation. Le manque. Isidora ne pourrait jamais l’avouer, mais le monstre qui l’avait marqué tant par sa douceur et sa violence, celui-là même dont elle n’osait plus prononcer le nom depuis la nuit où tout avait changé...il habitait toujours son cœur dans des ténèbres innommables. Et tandis que l’alcool continua à faire son ascension dans son système nerveux, elle reprit peu à peu le contrôle de son corps, enfermant sa rage derrière le masque qui lui permettait de survivre. Celui de la Maîtresse.

- Je m’excuse pour mon comportement : vous n’aviez pas signé pour une soirée comme celle-ci. Cela ne se reproduira plus, promis. J’espère que ma réponse a satisfait vos attentes, quelles qu’elles soient.
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Bran Duvessa
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Jeu 16 Juin - 17:53
Bran eu un sourire au lèvres quand la réponse de la jeune femme fut terminée. Ainsi donc elle était ici pour recevoir des nouveaux habits pour son salon. Étrange pensa Bran, qui viendrait chercher de tels vêtements dans un bar? À moins que l'origine du colis devait rester un secret pour n'importe qui, sinon le messager n'avait rien à gagner à agir ainsi. Quand on cherche à se cacher, c'est souvent ainsi qu'on se fait prendre, c'était l'expérience de Bran qui parlait. Donc il était sur une piste, même en dehors de son rôle, Isidora savait tout de même garder quelques secrets, malheureusement pour elle, la curiosité de Duvessa ne connais pas d'égal. Il prit le temps de caler le verre devant lui et il sentait l'alcool lui monter  à la tête, mais il était encore en mesure de répondre et de continuer le jeu avec la demoiselle, il décida de se prononcer après que la jeune femme ait fini.

-Je trouve cela...  Étrange. Quelle sorte de couturière fait tu affaire avec pour que ses produits soient aussi secrets pour que tu ai en dehors de chez toi? Après tout, tu n'es pas du genre à faire du traffic de drogues ni...

Il avait commenté la suivante avec un sourire amusé et un ton sarcastique, de toute évidence, le ridicule de la situation lui plaisait bien, Isidora était plus intéressante que le masque. Mais il fut coupée par le bruit de cette machine infernale qu'on appelait "cellulaire". Duvessa, par respect tenta d'ignorer la conversation qu'entretenait la demoiselle, mais les vielles habitudes sont dur à tuer, observe, écoute et pense par toi-même. Il n'avait pas bien tout compris, mais si il était pour deviner, le messager venait de quitter son boulot pour de bon. Pourquoi le jeune homme s'était mit à rire? Il avait plusieurs raisons, il n'avait pas envie de se justifier, mais la réaction de la jeune femme était parfaite selon lui. Le ridicule, l'absurde, cette explosion émotive, la colère qui déforma son doux visage de poupée qui était, il n'y a pas longtemps hantée par l'anxiété. La mauvaise surprise était un plus à la soirée, innatendu, mais c'était favorable pour Bran. Toujours avec un petit rire collé sur ses lèvres, il observa la jeune femme avec un silence ironique. Elle lui montrait ses vraies couleurs, à sa propre insu, mais elle n'était pas obligée de le savoir, sinon cela ruinerait tout ses efforts. Elle avait maintenant la bouteille en main et lui offrit d'en boire. Comment Duvessa pouvait-il refuser une telle offre proposé de cette manière? D'aucune façon, sinon il devrait se mettre à douter de sa propre santé mentale. Il prit son verre sans se faire prier et cria "santé" avant d'en finir. Cette gorgée passa mieux que la dernière, l'alcool faisait bien son boulot et la situation était divertissante pour Bran, ce n'est pas tout les jours que quelqu'un laisse tomber son masque, encore moins la maîtresse. Elle avait définitivement choisi de noyer ses problèmes par l'alcool. Mais après cette mauvaise nouvelle, ou bonne surprise, encore là, tout était une question de point de vue, la jeune femme qui était à côté du jeune homme semblait pensive, ou plutôt, anxieuse.

En effet, elle semblait à l'écart de tous, Bran décida de l'observer pendant ce long silence, il jugea que de parler n'allait rien amener de nouveau pour l'instant, c'était mieux de la laisser à l'écart pour le moment présent, perdu dans ses pensées, elle semblait aller loin. Était-ce en rapport avec le messager, ou la couturière? Duvessa se devait de l'admettre qu'il n'avait jamais vraiement étudier Isidora à un niveau plus que professionnel. Il connaissait son nom, sa famille son éducation mais il avait jugé préférable de laisser son passée pour elle même. Avait-il fait une erreur? C'était un soupçon qui ne le quitterait pas de sitôt. Alors que le Corbeau voulait placer un mot, la demoiselle le devança pour placer sa propre pensée, il l'a laissa parler jusqu'au bout et il n'eût comme unique réplique un rire. Un rire franc, honnête, il en riait franchement. Duvessa dû prendre quelques secondes pour reprendre son sérieux et s'expliquer, il ne souhaitais pas lui donner la mauvaise intention ou une mauvaise impression. Ce n'était nullement le cas, mais comment que la jeune femme avait expliquée la situation présente lui faisait rire au plus haut point et il décida de mettre alors les choses au clair.

-Au contraire, Isidora, au grand contraire! J'ai justement signé pour une soirée où chacun d'entre nous laissait tomber leur masques. Tu n'as aucune bonne raison pour t'excuser d'avoir agis selon tes instincts, et puis, l'alcool à parlée pour toi alors on est bon.

Il retint un rire et continua sa réponse longuement attendu.

-N'essaie pas de jouer la maîtresse avec moi, tu m'es bien plus sympathique ainsi, et pour te répondre, non la réponse ne me satisfait pas, il y a quelque chose qui cloche...

Bran pensa un moment et décida de ne pas poser sa question tout de suite. Il n'aimait pas "La Maîtresse", non pas Isidora mais son rôle, il avait souvent l'impression de mentir à une mère, et ce n'était jamais chose facile pour le Corbeau, mais son métier était plus important que ses idéaux dans certains cas, et le rôle de la demoiselle en faisait partie, et puis, son rôle n'était pas authentique, cela l'aidait beaucoup à jouer son personnage sans avoir de remords. Maintenant qu'il avait les idées plus claires dans son esprit, il regards autour de lui et une idée malicieuse s'installa dans sa tête. Si il agissait ainsi, il empêcherait à "La Maîtresse" de refaire surface avant un bon moment, et il n'avait toujours pas posé sa question, il était bien grand temps.

-Ainsi donc, Isidora, est-tu prête à vivre?

Il venait de lui faire sa demande avec un grand sourire ironique, moqueur et amusé. Il ne laissa aucun temps à la jeune femme de comprendre ce qu'il pouvait bien se passer alors qu'il était en train de traîner Isidora avec lui, en la tenant par la main pour l'amener à une table déjà occupée par 3 inconnus dont Bran en  ignorait leurs identités. Arrivés devant eux, Bran prit un instant pour les regarder.  2 hommes, une femme, bien habillés sans pour autant faire tache ou insolite dans ces lieux, à l'instar de la demoiselle à ses côtés ou de lui même, et sans plus attendre il s'introduit.

-Pardonnez moi de vous déranger, mais mon amie ici présente est en train de passer un mauvais moment, pouvez-vous l'aider avec la médecine du coin?

Il affichait toujours ce petit sourire arrogant qui lui allait si bien, et il venait maintenant de s'asseoir à côté des deux hommes et il intima Isidora à venir prendre place à la table. Puisque c'était pour elle. Ignorant les regards déroutés des attablés, il vint donner son nom.

-Je m'appelle Duvessa, enchanté, et je tiens m'excuser une fois de plus, pour mon amie, vous n'avez qu'à lui demander, elle a peut-être crier tantôt mais elle n'est pas bien méchante, elle aboie seulement beaucoup.

Bran n'était pas vraiment désolé, au contraire, son sourire ironique  décrivait le ridicule de la situation et à quel point cela l'amusait, lui autant que la jeune femme étaient en dehors de leur zone de confort. Isidora en étant en dehors de chez elle, et Duvessa qui était dans un bar qui lui était inconnu, il n'était plus autant méfiant, il ne prenait plus le temps à regarder ce qu'il l'entourait. L'alcool ne l'aidait pas, certes mais la présence de la jeune femme ne l'aidait pas non plus, maudit soit les femmes musa-t-il à peine sérieux. Il regarda les inconnus et en une seconde, des centaines de questions lui passa par la tête, mais il décida de se concentrer seulement sur la première personne qui avait su attirer sa curiosité. Il s'approcha de la jeune qui était en face de lui et il lui murmura à la l'oreille.

-Si je sais bien compter, c'est à votre tour de me poser une question. Maintenant que la valse est en marche, il nous faut y danser jusqu'à la fin. Sauras-tu suivre le rythme?

C'était une bonne invitation à venir jouer le jeu avec lui, rire des inconnus et s'amuser d'eux. Ce n'était pas par méchanceté, mais plutôt parce que c'était la sorte d'inconnu qu'on ne rencontre qu'une seule fois qui n'on aucun vrai impact sur notre vie. Et puis, c'est en forgeant qu'on devient forgeron, donc "La Maîtresse"  ne reste qu'un masque, c'est Isidora qui apprends à parler au gens. Comment réagirait-elle? Ça, c'était son vrai défi, il ne reste qu'à voir comment qu'elle va s'y prendre.
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Isidora Magnus
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Mer 22 Juin - 17:02
- Si je sais bien compter, c'est à votre tour de me poser une question. Maintenant que la valse est en marche, il nous faut y danser jusqu'à la fin. Sauras-tu suivre le rythme ?

Sûrement pas, mais je vais faire de mon mieux. Hors de question de perdre sans me battre.

Isidora lui répondit dans la foulée.

- J’imagine que l’avenir que nous le dira. Je te préviens que si quelque chose tourne mal et que je ne retourne pas chez moi saine et sauve, tu connaîtras l’étendue de mon pouvoir à titre de rétribution. Crois-moi je doute que tu aimeras cela.

Ce n’était pas une menace, juste un avertissement. Elle servit sa tournée avec la fameuse bouteille, tentant de ne pas trembler en versant l’alcool. Alors qu’elle regardait le dernier verre à servir (celui de la jeune femme) intensément, elle remarqua au bout de la table un paquet de cartes. Pourquoi était-il là et à qui il appartenait n’avait pas d’importance. Ce dernier déclencha chez elle un souvenir : les hommes au salon de thé parlaient beaucoup. C’est fou ce que l’on pouvait apprendre d’eux autour d’une tasse de thé. En général, Isidora préférait les laisser seuls lorsqu’ils étaient en groupe mais ces clients dépensaient énormément. Etait-ce par habitude ou par appétit ? Peu importait, tant qu’ils revenaient après tout.

Par un après-midi d’hiver

Mr Hanaka et ses collègues venaient de commander la troisième tournée de thé – deux théières pour leur table – et trois d’entre eux avaient repris du dessert du jour. Isidora vint personnellement servir leur table avec un sourire sincère sur le visage. Bien que son masque fût présent, elle appréciait leur visite hebdomadaire, réglée comme une horloge militaire. Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre l’entrée pour accueillir les futurs clients, Mr Hanaka la retint par le bras, sans être agressif mais plutôt pour attirer son attention. Il lui demanda de s’asseoir à sa droite – la chaise était vide depuis peu – afin de participer à la discussion.

- Maîtresse, avez-vous déjà eu l’occasion d’aller dans un bar ?

Sa curiosité sans mauvaise intention à son égard fut récompensée par son honnêteté.

- Non, je n’ai pas eu l’occasion. Pourquoi ?

Sa réponse réjouit l’ensemble des hommes présents à la table. Ils n’étaient pas moqueurs, juste heureux de pouvoir lui apprendre quelque chose. Elle entendit certains d’entre eux murmurer à propos d’un jeu qu’il devait lui apprendre. De quoi cela s’agissait, elle allait bientôt savoir. Mr Hanaka commença à jouer avec son bouc, signe que sa réponse lui plaisait.

- Parfait. Parfait. Voyez-vous, Mr Hatori ici présent a eu la bonté de nous apprendre un petit jeu hier soir quand nous y étions et nous avons beaucoup ri.

Ses subordonnés hochèrent d’approbation avec synchronisation. Certains souriaient encore en mémoire du jeu en question.  Mr Hatori sortit un jeu de cartes ordinaires et arrangea celles-ci autour une tasse devant lui de façon à créer un cercle de cartes harmonieux face cachée. L’homme avait toujours eu une aura mystérieuse, elle ne l’avait pratiquement jamais entendu parler. C’est sans doute pourquoi elle fut suspendue à ses lèvres lorsqu’il s’exprima.

- Le verre au centre doit être vide, les cartes autour doivent toujours créer un cercle. Si ce cercle est brisé, vous devez boire l’équivalent d’un shot. Les règles du jeu sont déterminées par le sens des cartes que chacun tire. Suivez-vous jusque-là ?

- Oui, continuez. Je vous en prie.


Non pas qu’elle pensât jouer à ce jeu un jour dans sa vie, mais la connaissance était précieuse. Elle l’avait malheureusement appris à ses dépens. Mr Hanaka observait ses réactions en coin.

- Les actions des cartes sont les suivantes : pour chaque roi tiré, la personne doit remplir un tiers du verre central par une boisson – alcoolisée ou non – et lorsque le dernier roi est tiré, la personne en question doit boire l’intégralité du verre.  Pour une reine, vous devez poser des questions ponctuellement à vos partenaires de jeu et ceux-ci doivent absolument vous ignorer. S’ils oublient la règle et vous répondent, ils doivent boire. L’as est la carte de l’immunité : elle peut être utilisée à n’importe quel moment en une seule fois, mais par pour la dernière action du roi.

- Malheureusement.

Mr Matsudo, situé à la gauche de Mr Hanaka, accompagna son observation à un soupir qui déclencha l’hilarité générale. Visiblement, il avait essayé d’éviter la quatrième carte du Roi avec un as, mais cela n’avait pas marché comme prévu. Un sentiment de compassion l’envahit.

- Le deux, vous choisissez quelqu’un qui doit boire. Le trois, vous buvez ; le cinq, ce sont tous les hommes ; le six, ce sont toutes les femmes.

- Nous avions retirés cette carte du jeu pour des raisons évidentes.

Ils ne se rendaient jamais au bar avec des collègues femmes, malgré leurs tentatives de les inviter. Le récit de leurs fameuses tentatives égayait toujours les journées d’Isidora lorsqu’elles les écoutaient de façon discrète. Ils n’étaient pas très doués avec la gente féminine.

- Le quatre, tout le monde doit toucher le sol le plus vite possible. Le sept, les mains doivent toucher le ciel. Dans les deux cas, le dernier à exécuter l’action doit boire.

Dido rigola l’espace de quelques secondes. Elle les imaginait aisément en train d’essayer d’être les plus rapides et de se tromper sous l’effet de l’alcool de règles. Elle ne les connaissait pas encore toutes mais celles qu’il avait déjà énoncées pouvaient mener au chaos.  

- C’est quelque peu sportif, j’imagine.

Les autres se joindrent à elle dans la bonne humeur générale.

- Au huit, vous choisissez un compagnon d’infortune. Lorsque vous buvez, il boit avec vous et vice versa. Au neuf, tour de rime. Celui qui a tiré la carte choisit un mot et le tour de table s’arrête alors lorsqu’une personne qui ne trouve pas ou se trompe de rime et doit boire. Pour le valet, vous pouvez inventer une nouvelle règle au choix, elle ne peut être brisée que par le tirage d’un autre valet. Il faut avoir un peu d’imagination.

- Les quatre règles que nous avions hier soir était des mots tabous : boire, tu, je et verre. Autant vous dire que cela a accéléré le jeu de façon exponentielle.

Voyant que leurs tasses de thé étaient vides, Isidora prit l’initiative de tous les resservir.

- Et enfin le dix correspond au « je n’ai jamais ». Tout le monde lève trois doigts. Celui qui a tiré la carte annonce une action qu’il n’a jamais faite et ceux qui l’ont faite baissent un doigt. Le tour de table continue jusqu’à ce qu’une ou plusieurs personnes aient les trois doigts baissés. Ces derniers doivent boire. Avez-vous des questions ?

Ayant terminé son explication, Mr Hatori se permit de manger sa part de fondant au chocolat.

- Non, je pense avoir tout retenu. Merci beaucoup Mr Hatori.

- Tout le plaisir est pour moi, Maîtresse.

Fin du souvenir

Isidora demanda un verre vide au barman, lequel l’apporta rapidement. Disposant les cartes telles qu’on le lui avait appris, elle se tourna vers les inconnus de la table pour leur proposer de jouer à ce jeu dont elle ne connaissait les règles mais pas le nom. La femme le lui révéla – le King – avant d’accepter d’y jouer avec ses compagnons. Tandis qu’ils discutaient à propos de la médecine mentionnée par Duvessa auparavant, elle se tourna vers le corbeau. Lui qui connaissait le monde de la nuit mieux qu’elle devait forcément y avoir joué auparavant. C’était forcément un désavantage pour elle mais elle priait pour que cela ne tourne pas au massacre. Mr Hanaka et ses collègues avaient vu leur soirée comme un jeu mais ils avaient sans doute plus l’habitude de boire qu’elle. Elle espérait ne pas y un perdre toutes ses plumes.  

- Vous tirez la première carte ?
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Bran Duvessa
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Dim 24 Juil - 8:53
Peu après que le jeune ait demandé à Isidora si elle pouvait suivre son rythme,  il reçut une réponse sur le vif. Une réponse qui lui plaisait autant par son audace que par son authenticité. Enfin une réponse franche pensa-t-il, un sourire au lèvres, mais il ne pouvait tout simplement pas lui laisser le dernier mot pour l'instant, sinon où en serait le plaisir? Alors qu'Isidora servait le verre du Corbeau, il en profita pour lâcher une réplique à la jeune femme qui lui faisait face, avec son sourire indémodable.

-Vous seule êtes garante de votre sécurité, si un malheur était  pour vous arrivez, la seule personne qui mériterait votre rétribution divine, c'est vous-même, Isidora... Mais je ne vous souhaite pas une telle chose, puisque je cours le même risque que vous, ce soir nous sommes dans le même bateau.

De toute évidence, Bran ne souhaitais aucun malheur ni mésaventure à la jeune femme. Bien sûr, il ne voulait pas se mettre en danger inutilement, mais aussi parce qu'elle ne lui était pas désagréable, et il était prêt à lui venir en aide si le besoin se faisait sentir, mais ça, elle n'était pas obligée de le savoir directement, c'était bien plus plaisant ainsi pour le jeune homme. Décidément, l'alcool lui montait à la tête, il n'avait aucun de doute là-dessus mais son fil de pensée vint à  être dérangé quand mademoiselle...  Isidora commença à expliquer les règles d'un jeu. Il n'en avait jamais entendu parlé, le King si il était pour en croire l'inconnue, mais le nom ne l'intéressait pas, les règles si.
Pendant qu'elle parlait, Duvessa ne lâcha pas son regard en direction de la jeune femme aux cheveux mauves, essayant du mieux qu'il pouvait, l'alcool ne l'aidait pas à mieux écouter, mais son état d'ébriété en valait la chandelle, il n'avait jamais été dans un bar auparavant. Certes plusieurs fois il s'était rendu dans des bars, à boire un verre ou deux parce que son métier demandait ainsi, mais il n'avait jamais été dans tel établissement par plaisir, mais il y a une première fois à tout, cette étrange soirée en était la preuve, aussi une preuve pour le ridicule de la chose, mais il s'égarait du point de la soirée, faire tomber les masques, cela n'est que justice d'en faire autant. Laissant sss ailes de côté, le petit Corbeau était Bran Duvessa en cette belle soirée, en plus, pour sa première fois, il était plutôt bien accompagné, ou du moins, c'était son opinion personnelle. Perdu dans ses pensées, on venait de le dérangé, encore. Devant lui, c'était sa partenaire d'un soir qui lui proposait de tirer la première carte et il ria devant sa proposition pour lui répondre:

-C'est bien aimable, mais je pense que cela serait plus juste si la femme à votre gauche commence le jeu non? Moi je vais m'occuper de notre réserve, la bouteille est vide après tout.

Alors que la dame d'à côté ne se laissa pas prier pour commencer le jeu, Duvessa fit signe au barman d'amener sa bouteille la plus grosse qu'il avait au comptoir. Il regardait le jeu d'un oeil, la brunâtre venait de tirer un trois du cercle, qui maintenant brisé coûtait un shot à tout les joueurs, deux pour la femme. Pendant qu'il prit sa part, Bran fouillait dans ses poches pour trouver de quoi payer pour la bouteille, et il en sortit une petite pierre bleu qui étincelait à la lumière particulière du bar. Il l'a donna au barman qui s'était approché et partit avec un grand sourire accroché à ses lèvres. C'est fou ce que pouvait faire une petite pierre insignifiante à ses yeux. Par la suite, toute son attention retourna au jeu, le blond venait de piger un 4, donc chacun tentait de toucher le sol le plus rapidement possible, c'était le jeune homme au cheveux bleus qui était juste à côté de Bran qui avait été le dernier. Donc il dû boire et tirer sa carte qui était maintenant un roi et rempli le verre central au tiers. Voilà le moment qu'attendait Bran, c'était maintenant à son tour de jouer. Il regardait autour de lui pour juger les gens, Isidora mise à part, elle, c'était un cas différent, mais un bon joueur de carte se devait de jauger ses partenaires de jeu ou ses adversaires, tout dépendant du point de vue. Il avait appris plusieurs choses aux côtés de Duncan, comment jouer aux cartes, comment tricher aux cartes, la psychologie des jeux du hasard, et même si maintenant il était rendu sur une scène différente que d'être un escroc, il n'avait pas oublié l'enseignement qu'il avait reçu quand il était jeune. Merde pourquoi pensait-il à lui alors qu'il s'amusait? Il décida de jeter le blâme sur l'alcool pour avoir pensé à lui. Puis il s'inquiétait de savoir si la surprise qu'il avait ressenti s'était montré sur son visage pendant un instant. Puis il revient à ses sens en se disant qu'il jouait franc-jeu avec Isidora. Ce soir il n'était pas le Corbeau, c'était dur pour lui de briser le personnage mais il devait s'y faire à l'idée. Il devait penser à autre chose, au jeu, c'est ça, c'était son tour et Il tira une carte. Était-ce de la chance, le hasard, le destin? Il retint un rire, Duvessa n'était pas en mesure de l'expliquer, mais si il le devait, il dirait que c'était une bonne situation pour se divertir. Il venait de piger un huit, et si il se souvenait bien de la règle, il se devait choisir un compagnon d'infortune avec qui boire à chaque fois qu'il le devrait. Alors qu'il affichait un sourire ironique, il se prononça d'une voix assez forte et amusé pour que les attablés puissent l'entendre:

-Pardonnez moi ce favoritisme, mais mon amie à besoin de toute l'aide qu'elle peut recevoir après tout...

Avec une lenteur quasiment ironique, il montra sa carte aux autres pour afficher fièrement son huit de pique, et il pointa la jeune femme aux cheveux mauves qui lui faisait face avec un sourire amusé et il commenta la suivante:

-Tu ne t'en réchappera pas ma belle, tu va avoir la gueule de bois demain.

Puis, avec un rire, Bran invita Isidora à tirer la carte, c'était maintenant son tour, et elle avait l'handicape de devoir boire à chaque fois que le jeune homme devait faire pareille, décidément, il avait fait le bon choix de venir en son aide,  il s'amusait bien trop pour regretter, et il ne pouvait pas patienter pour observer la réaction de la jeune femme, qu'allait elle faire? Il n'en avait aucune idée, c'est ce qui rendait la petite soirée intéressante après tout.
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Isidora Magnus
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Lun 12 Sep - 10:06
Nous sommes dans le même bateau.

Cela sonnait autant comme une malédiction qu’une promesse, un secret.

Elle l’apprendrait à ses dépends. Pour le moment, Isidora sous le couvert de l’alcool et l’atmosphère providentielle du bar n’avait plus l’esprit très clair. La maîtresse disparaissait pour bon à chaque goutte de poison : c’était autant pour le meilleur que pour le pire. Qui savait de quoi elle était capable lorsque le rideau est baissé, lorsque chacun rentre dans la douceur de son foyer ? Alors que sa vie publique restait régie par des boîtes bien compartimentées, rien n’était moins sûr quand les lumières demeuraient éteintes. Il y avait ce petit coin dans sa tête qui rêvait d’une liberté sans limite, de danser sous la pluie et de hurler de joie dans la rue. Brimé mais jamais mort, il était comme un animal sauvage que l’on emprisonne et qui attend son heure…jusqu’à ce soir. On lui avait volé son adolescence et c’était l'heure de la rétribution. Tous aux abris : un ouragan est sur le grand départ.

-Pardonnez moi ce favoritisme, mais mon amie à besoin de toute l'aide qu'elle peut recevoir après tout...

La vue de la carte maudite lui coupa le souffle. Le destin devenait bien joueur.

-Tu ne t'en réchapperas pas ma belle, tu vas avoir la gueule de bois demain.

Isidora éclata d’un rire qui fit écho au tour surprenant que prenait la soirée. Elle n’arriverait jamais à se réveiller le lendemain, jour de travail comme les autres. Cela allait être les clients de son salon qui tireraient une tête pas possible en apercevant la boutique fermée. Cependant cette préoccupation était loin de faire son chemin dans son subconscient tant l’alcool avait fait disparaître toute l’inhibition qui lui restait. La preuve par huit fut lorsqu’elle dut tirer sa propre carte : si se rappeler ses responsabilités n’était plus d’actualité, les règles du jeu, elles, restaient encore fraîches dans sa mémoire.
Tout comme son sens particulier de l’humour.

- Valet ! J’invente une règle !

Pour l’effet de surprise – à moins que ce soit pour se redonner contenance – elle décida de se lever…ce qui eut pour incidence de lui tourner un tournis monumental. Mauvaise pioche.

- Chacun d’entre nous va décider d’un surnom original pour la personne placé en face. Il devra être utilisé pour désigner la personne concernée jusqu’à la fin de la partie. Pour chaque oubli, un shot…
Je vais aux toilettes, je vous laisse réfléchir à des idées
.

Isidora quitta la table en titubant légèrement vers l’arrière du bar, enfin vers la direction qui lui semblait être celle des toilettes. Sauf qu’elle n’était strictement jamais venue là auparavant et qu’avec le peu d’esprit pratique qu’elle possédait à présent, elle ne risquait pas de les trouver facilement. Il fallut qu’elle prenne la première porte sur son chemin et que celle-ci soit la réserve – que faisait-elle ouverte ainsi ? – et sa ressource en boisson et nourriture. La vue des sauces en bouteilles et apéritifs en sachet lui rappela qu’elle n’avait pas grand-chose dans l’estomac. Avait-elle de l’argent pour payer ? Que nenni ! Cela allait-elle l’arrêter ? Sûrement pas. Mais qui pouvait se mettre entre une femme affamée et des étagères d’aliments colorés ? C’était presque comme si elles la suppliaient de venir les soulager de quelques paquets. Elle n’attendit pas son reste pour venir les aider rapidement.

Isidora attrapa avec chaque main un paquet d’apéritif salé et les ouvrit en un rien de temps. Elle en avait oublié pourquoi elle était là et où elle devait aller. Ses mains s’infiltrèrent dans le plastique et c’est à grandes poignées qu’elle dévora tout sur son passage. Une satisfaction intense lui irradia le cerveau. C’était primal, instinctif. Il fallait qu’elle en ait toujours plus. Le premier paquet vide, elle s’attaquait au deuxième lorsqu’elle fut dérangée par le gérant du bar. N’importe qui de sobre aurait paniqué et fait un bond de deux mètres mais Dido était bien au dessus de la surprise désormais. Alors que celui-ci fit de gros yeux en pénétrant dans la pièce, elle continua de manger comme-ci de rien n’était.
La colère du commerçant se fit retentir.

- Qu’est-ce que tu fous là ! C’est du vol ! Tu as de l’argent pour tout ça ?!

Voyant qu’elle restait imperturbable, il décida de la fouiller rapidement sans ménagement. Malheureusement, Isidora n’avait plus rien sur elle, ce qui fit redoubler sa fureur. L’homme prit le téléphone de la réserve en main, bien décidé à appeler la police pour la faire répondre du vol.

- Comment tu t’appelles ?
- Isidooora.

C’était un vrai miracle qu’elle se rappelle de son prénom. Ou alors une malchance.

- TON NOM !

- La Maîtresse !

Il eut soudainement un moment d’hésitation. Pourquoi ce nom lui disait quelque chose ?  Isidora avait un sourire béat d’enfant grandissant sur son visage. L’interrogation se transformait petit à un contrôle d’école primaire en bonne et due forme et il lui semblait qu’elle allait avoir une bonne note.

- Où est-ce que tu habites ?
- Au dessus de mon salon. J’aime beaucoup mon salon, c’est très joli. Les gens y viennent pour boire du thé. Et puis pour manger des gâteaux. C’est plus joli qu’ici.

Comme pour appuyer son propos, elle apposa un regard appuyé au mur à sa droite totalement décrépit : avec la pauvre ampoule qui tombait du plafond, l’espace avait plus glauque qu’autre chose. La connexion se fit dans la tête du gérant dont l’expression effarée se grava sur son visage à nouveau. C’était ahurissant ! Comment la Maîtresse avait-elle atterrit ici ?
 
- C’est pas vrai…Tu est la gérante du Mensonge !

Isidora sauta sur place. L’heure était à l’excitation visiblement.

- C’est moi ! C’est moi !

Dido le vit prendre sa tête dans ses mains comme s’il réfléchissait à un problème complexe.

- Bon, on va faire comme ça. Je vais noter tes consommations, avec tout ça hein (il désignait les deux paquets dérobés sur l’étagère). Et demain matin…enfin après midi, je viendrais te demander de payer. Ok ?

La jeune femme ne comprenait pas tout, mais son corps lui rappela l’ordre de ses priorités.

- Est-ce que ça veut dire que je peux en avoir un autre ? Attends ! Il faut que j’aille aux toilettes ! Mince !

Le gérant lui fit lâcher le paquet et lui prit la main pour l’amener au lieu dit. C’était en réalité la porte juste derrière qu’il ouvrit et referma juste derrière elle. Lorsque Isidora ressortit cinq minutes plus tard, il était là à l’attendre pour la ramener à sa table. Elle n’avait pas perdu sa bonne humeur, bien au contraire. Avant de repartir à ses affaires, il déclara à la table :

- Vous avez intérêt de la ramener chez elle après. Je suis sérieux.

La belle demoiselle lui sourit puis retourna son regard vers les autres, dont Bran à qui elle devait trouver un surnom. Elle aurait pu choisir le corbeau, mais non, ce n’était pas assez approprié à son état d’alcoolémie. Ou son niveau de glycémie par ailleurs.

- Désormais, tu seras Le Grand Méchant Loup !
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Bran Duvessa
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Ven 28 Oct - 15:12
Bran attendait avec patience le tour de la jeune femme, il était incertain à ce qu'il allait se passer par la suite, quel tour pouvait-elle bien lui réserver? Il ne le saurait dire, l'alcool n'aidait pas dans son jugement, des idées farfelues envahirent son esprit mais aucune d'entre-elles ne pu satisfaire le jeune homme, il était déterminé à trouver la réponse avant que la carte soit tirée. Après ce qui semblait être de longues minutes à être anxieux, c'était maintenant le tour d'Isidora, et Bran n'avait toujours pas trouvé réponse à sa question : Qu'allait-elle faire?  Elle venait de piger mais le mystère ne voulait pas partir pour autant, Isidora fixait sa carte perdu dans ses pensées, ou les fabulations de l'alcool, Bran hésitait à choisir entre les deux. C'est à ce moment que la jeune femme en face de lui inventa une nouvelle règle qui consistait à trouver un surnom pour la personne en face de soi. Un surnom? La tournure des choses lui plaisait bien plus que toutes ces fantaisies auquel il avait pensé, c'était amusant, mais si il venait de trouver réponse à une question, un nouveau problème venait de faire surface : Quel surnom donner à la femme qui venait d'inventer la règle? La même femme qui venait de se lever pour aller quelque part, Bran ne le savait pas vraiment, il avait été bien trop absorbé par sa quête du surnom, mais la curiosité l'emporta, l'état actuel des choses était bien trop intéressante pour rester assis alors que sa partenaire était ailleurs, bien enveloppée dans les vapeurs de l'alcool, lui-aussi d'ailleurs.

Bran se leva brusquement, en prenant appui sur la table devant-lui pour se donner une certaine stabilité et prit la même direction que la femme aux cheveux mauves sans piper mots. Il cherchait un coin à l'abri des regards, mais la subtilité avait quitté son corps depuis un moment, et chacun de ses mouvements étaient suspects et il décida que de se réfugier sous une table était le choix sensible  pour pouvoir s'immatérialiser en paix. Chose faite, il continua sur le chemin qu'avait prit Isidora pour la retrouver, mais il ne s'attendait pas à voir un tel spectacle. Il venait de traverser un mur par accident alors qu'il tentait de marcher en ligne droite, et lâcha un copieux juron lorsqu'il tomba au sol dans ce qui semblait être un garde-manger. Bran tenta à plusieurs reprises de se lever sans succès, oubliant le fait qu'il ne pouvait pas agripper un objet proche pour se lever, mais cela était le moindre de ses soucis, puisque devant lui se trouvait une Isidora ivre en train de s'empiffrer d'un sac de chips.  La scène était divertissante, du moins, elle l'était pour le Corbeau. Une jeune demoiselle en train de se rassasier de sacs de chips dans l'entrepôt d'un petit bar sans intérêts, l'absurde de la scène qui se déroulait devant ses yeux était impayable, il ne regrettait pas d'avoir fait tout ce chemin malgré les embûches qui s'étaient retrouvés sur son chemin. Mais Bran commença avoir des doutes quand il fut spectateur de la scène suivante, le patron du bar, en colère, vint sermonner durement la jeune femme, quel affront pensa Bran pendant une demi-seconde, et ce même patron vint à réaliser que la dame n'était nulle autre que « La Maîtresse » et il vint alors à faire du chantage pour compenser les pertes qu'avait encouru la gourmandise d'Isidora.

Si Bran trouvait les réponses et les réactions de la jeune femme amusante, l'inverse était aussi vrai pour le patron, qu'il soit capable d'une telle ignominie choquait Bran au plus haut point. Bien sûr, il savait qu'il n'était pas en place de juger, néanmoins, il était, pour un soir, garant de la protection de la demoiselle et ce n'était pas un gérant avare qui aurait le dernier mot avec le Corbeau dans les parages. Alors que le patron venait de refermer la porte de la toilette, le jeune homme se matérialisa derrière l'homme et lança une insulte au patron sur le champ :

-Dites-donc, si vous croyez pouvoir faire du chantage envers la patronne du « Mensonge », vous vous fourrez le doit dans l’œil! Gros porc!

Le gérant, abasourdi par l'insulte, mais surtout incrédule de voir apparaître un jeune impoli sortir de nulle part, avait une face interdite, les yeux écarquillés d'étonnement, la bouche grande ouverte, les sourcils bien hauts, incapable de comprendre l'apparition soudaine du Corbeau. Il bégayait alors que son esprit tentait de trouver un sens à la situation :

-Ma… Mais… Mais qui est-

Malheureusement pour le gérant rondelet, Bran ne le laissa pas finir sa phrase, car il était parti à rire. Il faisait souvent cet effet au gens, il en était habitué et il répliqua sans laisser de répit au gérant:

-Ma, Mais mais
disait-il d'un ton moqueur et il continua[/color]

-Ferme-là et écoute, si je te revoie en train d'exploiter cette jeune femme, je te tranche la gorge comme le sale goret que tu es!


Bran partit à rire, qu'était-il en train de dire? Il ne le savait plus, il s'amusait bien trop à intimider le patron ignorant qui s'était attiré ses foudres, puis il enchaîna alors que le gérant affichait de drôles de couleurs, départagé entre la colère et la peur, il était incertain de ce qu'il devait faire avec cet étrange personnage.

-Si tu ne tiens pas à la vie, j'ai une autre offre, celle-ci va te plaire.

Le jeune homme fouilla rapidement dans ses poches pour en sortir trois topazes qu'il lança au sol. Le gérant curieux, se pencha pour fourrer dans ses poches ce que Bran avait lancé au sol, et le garçon décida alors de clore sa courte mais ô combien amusante discussion avec une courte phrase :

-Considère la dette de « La Maîtresse » comme payée maintenant, sinon il y a toujours l'autre solution.

Le Corbeau disparu alors que le gérant jetait son dévolu au sol. Le jeune homme, titubant, retourna en dessous d'une table pour se matérialiser et se dirigea en direction de la table où il était assit avant de partir à la trace d'Isidora. Il s'excusa au près des autres d'avoir quitté la table sans les avertir puis Isidora fit son retour, mais elle n'était pas seule. Le patron l'avait ramenée, et quand son regard croisa celui de Bran, le gérant pâli un peu face au sourire moqueur du  Corbeau, mais ce n'était que par simple protocole, l'avare avait déjà choisit sa réponse, et donc Duvessa n'avait plus de raisons à être fâché à l'égard du gérant désobligeant. Par contre, Isidora avait maintenant de l'avance sur le jeune homme, elle avait trouvé son surnom, « Le Grand Méchant Loup ». Bran se mit à rire tel un fou, la demoiselle n'aurait pas pu mieux choisir un nom pour la situation actuelle, mais aussi amusé et divertit qu'il pouvait être, cela ne l'avançait en rien. Il devait trouver un surnom à son tour, la gourmande, l'ivrogne, plusieurs idées lui vint à l'esprit, mais aucune ne le satisfaisait, il cherchait de quoi d'original, et non de situationnel et puis, il afficha un grand sourire carnassier quand il trouva ce qu'il voulait.

-Si je suis le grand méchant loup, vous êtes une poupée de porcelaine très chère!

Puis le jeu continua, Bran n'y prêtais plus attention, il oubliait à plusieurs reprises et il devait boire faute de ne pas se rappeler les règles. C'était toute une expérience pour le jeune homme qui n'était pas habitué de boire autant, lui qui était lucide d'esprit était maintenant devenu un enfant qui riait d'un rien, sans filtres, la tête qui tourne, ses capacités motrices qui n'étaient que l'ombre d'elles-mêmes. C'était quelque chose à voir se disait le Corbeau. Puis après quelques tours de table, les trois inconnus avaient quittés, incapable de suivre le rythme des deux fêtards d'un soir. Il ne savait pas pour Isidora, mais lui, il ne suivait plus les règles du jeu depuis un moment, toujours en train de boire pour n'importe quel raison que pouvait donner Isidora. La nuit était encore jeune, mais vers minuit, il n'y avait plus grand monde, le bourdonnement incessant avait disparu pour être remplacer par un stéréo qui jouait de vieilles chansons de jazz rythmés, les tables autrefois animées, étaient maintenant devenus des sanctuaires d'intimité pour les clients attablés, et l'ambiance de fête s'était transformé en un ambiance relaxante.

Seuls à nouveau, Bran avait atteint un niveau de saoulerie qu'il avait rarement vécu. Est-ce que sa compagne d'un soir était rendu au même niveau que lui? Il l'ignorait, mais c'était toute une expérience dans son cas, enivré, vivre comme si il n'y avait plus de lendemain, s'exprimer sans arrière-pensée, l'alcool était un vil poison qui donnait un de ces mal de tête au réveille, mais la soirée en valait bien la chandelle. Duvessa ne voulait pas finir sa soirée comme ça, alors donc, sur le vif, il essaya de se redresser et d'un air qui se voulait sérieux, entama un dialogue avec Isidora :

-Alors, Isidora… Oh pardon!

Bran,  faussement choqué, vint prendre un shooter de son verre même si le jeu était terminé.

-Alors, Poupée de porcelaine, est-ce la première fois que tu sort en ville?

Il lança alors un regard enjoué et reprit une autre gorgée de son verre, fît une énorme grimace alors que le liquide traversa sa gorge, eu un toussotement puis il continua son monologue :

-Pour ma part, c'est ma première fois avec une femme si nous sommes pour jouer franc jeu.

Bran eut un moment d'incompréhension, venait-il vraiment de dire cela? L'alcool est bien trompeur, lui qui était grandement réservé, qui avait de l'information son métier, parlait maintenant sans retenue et sans demi-vérités dans ses dires, il était devenu comme un livre grand ouvert où est-ce que tout le monde pouvait le lire. Il rougit par-dessus ses joues chauffés par l'alcool à l'idée qu'il était ouvert, exposé, puis il tenta de rattraper la faute qu'il avait commis :

-Et, timide que tu es, fragile poupée de porcelaine, je suis prêt à parier que tu n'a jamais su parler aux hommes!

Bran eut un petit rire, au moins, en exposant aussi une faiblesse dans les expériences d'Isidora, il espérait détourner le sujet de conversation qu'il avait lui-même amené de façon maladroite. Mais cela ne partait pas d'un désir de blesser Magnus, elle avait dû briser le cœur de plusieurs hommes sans qu'elle s'en rende jamais compte, c'était une vraie poupée de porcelaine, mais n'étant pas doté d'une personnalité agressive, elle n'était pas du genre à courir après les hommes non-plus. Du moins, c'était l'analyse d'un Corbeau ivre, mais dans le jeu de l'amour, Bran non plus n'était pas doué pour ce genre de truc, après tout, être en amour vient à briser plusieurs des principes que le jeune homme applique dans sa vie autant que son métier. Un sourire amère apparut sur son visage alors qu'il réfléchissait au fait qu'il pouvait beau se prétendre un excellent juge de caractère et de se vanter d'avoir une grande connaissance de la psyché humaine quand lui-même ne comprenait pas tout aux relations humaines. Puis par élan de sympathie, Bran rajouta une phrase de plus :

-Pas obligé de me répondre, Poupée de porcelaine, mais je crois que nous sommes tous les deux les pires idiots quand il est question du sexe opposé, tout ce que j'ai connu dans la rue, c'est la prostitution, ça donne une belle image non?

Bran eut un sourire nostalgique, suivit d'une grande gorgée de son verre qu'il remplit par la suite, suivit de la grimace, il était en plein terrain inconnu, mais l'absurde lui donnait une motivation pour s'avancer d'avantage, Isidora n'était qu'une informatrice, et pourtant, pour la première, il venait de partager une expérience d'un bar avec une collègue de travaille, n'était-il pas en train de briser un de ses propres principes en ce moment même? Sûrement, mais Corbeau n'avait pas l'envie ni les capacités intellectuelles nécessaire pour s'y intéresser dans le moment présent, tout ce qui se trouvait devant lui, son verre et sa compagne lui était suffisant pour continuer sa nuit folle.[/color]
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Isidora Magnus
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Dim 20 Nov - 12:07
- Si je suis le grand méchant loup, vous êtes une poupée en porcelaine très chère !

Isidora se mit à rougir tout en essayant tant bien que mal de suivre le jeu qui tendait à sa fin. Si bien que lorsque leurs acolytes décidèrent de rentrer chez eux, elle ressentit un léger soulagement à l’idée de pouvoir se détendre complètement. Quelle heure était-il ? Pourquoi tout semblait plus facile avec un peu d’alcool ? Ayant arrêté de boire depuis deux tours et grâce à son encas nocturne, la jeune femme commençait petit à petit à reprendre le contrôle de son corps…si ce n’était pour le certain mal de tête qui la prenait. Si seulement elle pouvait dormir, là tout de suite, sur cette table…Mais c’était loin d’être convenable et acceptable.

- Alors, Isidora…Oh pardon !

Un sourire sincère se dessina sur son visage. Elle appréciait encore plus le grand méchant loup lorsqu’il était un peu maladroit et qu’elle n’était pas trop ivre pour s’en rendre compte.
- Alors, Poupée de porcelaine, est-ce la première fois que tu sors en ville ?

Elle contempla Bran avec attention. D’où venait cette question ?
- Pour ma part, c’est la première fois avec une femme si nous sommes pour jouer franc jeu.

Depuis quand cette barrière des faux semblants avait-elle disparue entre eux ? Il lui semblait qu’ils avaient été très polis depuis le début, même si elle lui avait révélé une partie d’elle-même que personne n’avait vu depuis bien longtemps. Suivant son instinct, elle posa sa tête délicatement sur la table, tournée vers lui. Oui, c’était mieux ainsi. Ses cheveux étaient quelque peu en bataille et ses paupières lui paraissaient terriblement lourdes. Il était peut-être temps d’aller se coucher…mais surtout elle devait profiter de son état d’ébriété pour se confesser au seul être vivant qui pourrait sûrement l’écouter. Et puis, au pire, aucun des deux ne s’en rappellerait le lendemain matin : c’était sans doute lâche, mais elle n’était pas brave.

- Et timide que tu es, fragile poupée de porcelaine, je suis prêt à parier que tu n’as jamais su parler aux hommes !

Entre autres.

- Pas obligé de me répondre, Poupée de porcelaine, mais je crois que nous sommes tous les deux les pires idiots quand il est question du sexe opposé, tout ce que j’ai connu dans la rue, c’est prostitution, ça donne une belle image non ?

- Un jour, quelqu’un m’a dit que ce que nous sommes peut être défini par la somme de nos expériences. Je trouve cela assez effrayant, comme si tout était immuable.

Parfois Isidora était douée pour répliquer des choses inattendues. C’était un contre effet du fait qu’elle retenait parfois tout en elle et que bon nombre de personne qui la côtoyaient ne la connaissait qu’en surface. La face visible de l’iceberg. Elle se releva péniblement et tendit la main vers le comptoir pour faire signe au barman. Ce dernier débarqua peu de temps après.

- Pourrait-on avoir une carafe d’eau froide avec une rondelle de citron s’il vous plait ?

Elle reprenait petit à petit son sérieux, sa voix étant moins fluette et plus assurée. Pour autant, Isidora avait l’impression d’avoir l’esprit totalement embrumé par instant. Comme si elle se trouvait dans un état entre sommeil et réveil…tout lui paraissait plus lent mais plus lumineux aussi. Le barman souria de façon imprévue, un vrai sourire allant jusqu’à ses yeux.

- Alors ! On commence à reprendre ses esprits un peu ? Par contre, il faudra abandonner le reste de la bouteille si vous voulez complètement redescendre.

La demoiselle lui lança un regard mi-choqué mi-perdu.

- Euh j’aime juste l’eau citronnée.

Son incrédulité sur le doux visage de la jeune femme déclencha l’hilarité de l’employé à qui, visiblement, on n’avait jamais sorti une telle réplique. Ce dernier repartit derrière son comptoir et revint rapidement avec la fameuse carafe sertie un magnifique ruban rouge sur la anse à titre décoratif.

- Vous êtes un sacré bout de femme ! La prochaine fois que vous viendrez, je vous offrirai le premier verre tiens !

Tout en contemplant le départ final de celui-ci vers son territoire attitré, Isidora se servit un verre en négligeant celui de Bran car elle ne savait pas s’il en désirait tout de suite.

- Je suis déjà sortie en ville un nombre incalculable de fois. Dans le corps d’un autre. C’est ma façon d’exister. Lorsque je porte mon uniforme, la peau d’un étranger aussi, je me sens protégée du mensonge, de la douleur et de la violence.

Soudain, il lui semblait qu’un barrage en elle commençait à se fissurer. Alors elle ne s’arrêta pas, peu importe les conséquences. Quelque chose en elle lui disait qu’il était temps. Il fallait qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Elle ne pouvait pu vivre comme un parasite à travers celle d’autres. Sinon elle risquait un jour de se réveiller en ayant des regrets infinis.

- J’ai aimé une personne qui était un monstre. Je l’ai adulé, je lui ai confié mes rêves, mon intimité. Rien de ce que je connaissais d’elle n’était vrai. C’était une amie, une sœur, mon double…Je pense aujourd’hui que la confiance est une arme et qu’elle a finit par tuer une partie de ce que j’étais. Je n’ai pas perdu que mon enfance le jour où j’ai tout découvert… j’ai perdu ma faculté de communiquer avec les autres.

Elle détacha ses cheveux et les laissa reposer sur son épaule droite.

- Mais je ne fais pas de différence entre les hommes et les femmes. Ils me font tous peur.

Et c’était cette peur qui s’était momentanément envolée avec la gentillesse de Bran, l’alcool et le jeu. Insidieuse et perverse, Isidora sentit celle-ci infiltrer à nouveau ses veines, renforçant le barrage dont la chute aurait pu tout changer.
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