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 ▬ In articulo mortis.


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Virgil A. Elbaz
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Sam 14 Mai - 2:43
In articulo mortis. —




Parfois, le passé rattrape. Te rattrape. T’attrapant à l’aide de ce fin voile vicelard, te cachant la vérité à l’aide de ce sourire idyllique. Ce sourire enfantin. Reflet d’une réalité passée, abandonnée. Arrête cette merde. Arrête de te mentir à toi-même. Concentre toi sur le présent. Reconstruire le puzzle de l’anamnèse. Tu avais enfoui volontairement quelques brides de ton expérience, et, finalement, tel le serpent sifflant et ondulant, l’antan et l’histoire revenait. Comme une mauvaise maladie. Comme une sangsue. Comme un herpès. Dessine ton avenir sans te baser sur les lourds piliers olympiens de ton histoire. Anarchie du coeur et ordonnance de la raison. Incompréhension lunaire face à la lumière de la situation. Réelle et brumeuse.

Le temps était lourd aujourd’hui. Pluvieux, aussi. Les nuages déversaient une rage certaine dans leur capacité orchestral tandis que le soleil s’était retiré bien plus loin au sein du continent. Farfouillant dans ton long manteau grisâtre en laine vierge, tu trouvais ton paquet de cigarettes, le visage trempé, les lèvres blêmes, tu plaças le bâton de mort entre ces dernières. Source de chaleur instantanée. Tu vomis. Tu vomis cette douce fumerolle grisâtre vers les cieux imperturbables et inaltérables. La morgue. Endroit particulier que tu n’appréciais pas réellement. Froid. Placide. Aseptisé. Similaire à ta propre personne. Et tu haïssais ce que tu étais. Ce que tu es. Et ce que tu seras. Le déluge est porteur de savoir.

Plusieurs gouttes légères et vaporeuses perlant sur ton fin faciès, tu accéléras le pas. Les démons écrasaient les gens, l’époque mourrait, à l’égard des genres. La bouche sèche, l’espoir n’est qu’un marais salée. Elle te hantait depuis des nuits. Depuis qu’on t’avait averti de l’apparition du dossier. Des souvenirs en pagaille. Le mariage. La lune de miel. La première rencontre. L’annonce du bébé. Les engueulades. Les rires. Les pleurs. Les hontes. Les fantasmes. Des souvenirs qui crevaient sur eux-mêmes. Te mordant la lèvre inférieure, presque jusqu’au sang, tu relevais le regard vers le bâtiment en face de toi. Simple. Discret. Te voilà à destination.

Corps en morceaux. Coeur pas mieux. Orage fameux. Une chanson d’amour qui commence par la fin. Rupture. Lèvres contre lèvres jusqu’à l’aube naissante. Draps noués autour de plusieurs corps, dans un monde en perdition. En jachère. Mourant. Balançant la fin de ta cigarette sous le talon de tes chaussures, tu pénétrais dès lors d’un pas lourd au sein de l’établissement mortuaire. Lire un poème sur des amours perdus, t’avançant vers l’accueil et demandant à voir le thanatopracteur le plus proche. La secrétaire disparu pendant quelques secondes, t’invitant à t’assoir. Sauf que tu n’avais pas envie. Tu n’étais pas à l’aise. Des souvenirs en pagaille. Une boule dans la gorgée. Dieu des libéraux, tu étais damné. Évadé finissant sa course dans une autre trou. Échoué dans un monde en perdition.

Les mains dans les poches, tu tournas le dos au lourd bureau massif, triturant comme un galeux ton paquet rectangulaire de nicotine. Replaçant une partie de ta crinière imbibé d’eau de pluie vers l’arrière, tu tiras une grimace en apercevant ton reflet dans une fenêtre. Dans ta boite crânienne se déroulait une sorte de lutte et ça se ressentait sur ton faciès. Finalement, on t’appela et te présenta à la personne demandée. Après quelques vérifications administratives concernant ta personne, à savoir vérification de l’identité auprès de la secrétaire, tu plantas ton regard hautain sur la demoiselle. Un regard froid. Calculateur. Retrouvant ton calme. Peu à peu.

J’ai besoin du dossier de Madame Elbaz.  

Tu passas une main sur ta nuque, las de la situation. Cela faisait longtemps que tu n’avais pas prononcé ces deux mots ensemble. Finalement, tu remords ta lèvre inférieure, déchirant cette fois-ci quelques parcelles de peau, sanguines et saignantes. Change la conversation. Elle ne doit pas se concentrer sur toi et sur ton malaise. Fais quelque chose.

Rendre séduisant l’inanimé est un métier singulier. On dit que la mort ricane, qu’elle raffole des mélodrames… Blasphème ?  


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Morgana D. Richardt
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Dim 15 Mai - 0:26
IN ARTICULO MORTIS
Tics tacs réguliers de l'horloge. Grondement de l'orage. Long soupir d'exaspération. Première injection du produit biocide dans la carotide. Regard décontenancé par l'atrocité se présentant sous ses yeux. Elle laisse vagabonder son regard lentement sur le cadavre en bien piteux état. Deuxième injection nouvelle, après un drainage conséquent des liquides internes. Sourcils froncés, lèvres pincées elle commence la suture des incisions. Longues sont les minutes qui s'écoulent, bruyantes sont les gouttes qui s'abattent sur le sol au dehors, pénible est la tâche. Sa concentration est chancelante et fragile à mesure qu'elle s'approche de la finalité.

Il est prêt. Elle parsème d'une main légère une poudre parfumée pour éliminer l'odeur infecte se dégageant de la dépouille et se laisse tomber sur une chaise. Le visage relevé au plafond, les yeux fermés, elle se complaît à se fondre dans la tumulte de la pluie venant se fracasser contre sa fenêtre. Elle succombe doucement à l'éreintement de son corps, à cette supplication muette qui lui parcoure l'échine, allant jusqu'à se manifester du bout de ses doigts. Alors elle reste immobile. Longtemps. Ses pensées errent, partout et nulle part. Elles s'égarent, se perdent, se désorientent ; et avant de plonger dans les bassesses de son esprit, elle rouvre les yeux. Elle se relève prestement, nettoie ses instruments et quitte la pièce.

Sur le chemin, elle rencontre la réceptionniste qui lui assigne une nouvelle corvée. Encore. Comme si ce n'était pas assez de s'intoxiquer régulièrement de ces produits chimiques et de batifoler avec les morts. Elle laisse échapper un grognement sévère, insinuation à la nature bestiale de son mécontentement à son égard et s'en va retirer sa tenue pour un accoutrement plus adéquat. Elle revient quelques instants plus tard, moue presque boudeuse sur le visage, plantée devant le jeune homme à l'écouter déblatérer d'une oreille distraite.

« Bonjour. » articule-t-elle d'un air méprisable en insistant lourdement sur chaque syllabe avant de lui faire signe de la suivre. Elle rentre vivement dans la pièce des registres et commence à farfouiller les nouveaux dossiers qu'ils avaient reçu cette semaine. « Elbanez. » qu'elle murmure entre ses lèvres. Elle redresse la tête et examine avec précaution le document qu'elle tenait entre ses mains. « Blasphème, dîtes-vous ? Ne me faîtes pas rire. Nous vivons à une époque dépourvue d'humanité au profit du.. progrès, qu'ils disent ? » se dessina sur son faciès un rictus. « Nos existences mêmes sont un blasphème à part entière. A quelques lieues d'ici se trouve un laboratoire où l'on fabrique des monstres à la chaîne aux pouvoirs aussi surprenants que destructeurs et vous osez me parler de blasphème ? » Elle profita de cet instant pour relever les yeux et l'observer dans son entièreté. « Voilà votre dossier. Juste deux questions : pourquoi en avoir besoin maintenant mais surtout, d'où vient-il ? » Elle marqua une longue pause avant de reprendre : « Cette femme est morte il y a plusieurs années. » Elle fouilla une de ses poches de sa main libre et tâta d'un geste maladroit une cigarette écrasée contre la poche de son jean avant de la porter à ses lèvres. « Je devais finir, avant que vous n'arriviez. »
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Virgil A. Elbaz
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Dim 15 Mai - 15:51
In articulo mortis. —




Haïssable. inqualifiable. Presque, ordurière. Il y avait un monde entre la bonne tenue et le parangon du renoncement. Toi-même, tu n’avais même pas énoncé les présentations sociales de bon aloi. Tu voulais, simplement, partir au plus vite. Elle, préférait prendre de haut. Air supérieur qui cachait, - tu en étais presque sûr - un passif bien trop décousu pour être sortable. Comme un enfant déformé par la maladie qu’on parque à la chaine rouillée du cataclysme. Croyant seulement dans la connaissance, avoir toujours une arme. Tu voulais une boite à rythme pour tes funérailles. L’homme était un animal politique qui trainait la patte. C’était la même chose pour les jongleries sociales.

Tu observas ses fins doigts cachés sous la peau d’un tierce animal. Fins. Élégants. Gironds et harmonieux. Habile dans ton déplacement, ton enveloppe corporelle engendra un premier pas, suivant de près l’aeschne. Agonie et acmé pourrissent dans ce lieu. Ce lieu était un espace impie, il y avait un respect de la mort que tu ne concevais pas. Tu avais déjà vu un nombre conséquent de cadavres au vu de ta corvée, mais jamais de l’autre côté de la barrière. Tes deux sphères goudronneuses ne percevaient pas l’esthétique dans la faucheuse. Une charogne Prussienne restait une charogne, qu’importe son apparence. Le démon change. Méconnaissance. Chaparde.

Disparition de vos deux êtes dans une légère pièce. Sans âme. Administrative. Basique. Sans réel charme comme l’endroit dans sa grande généralité. T’appuyant sur l’encadrement de l’entrée à l’aide de ton épaule gauche, tes yeux vagabondèrent grossièrement sur les quelques meubles de la pièce, cherchant un point d’accroche plus intéressant que la pluie frappant avec vigueur et puissant contre le toit de l’édifice mortuaire. Tu avances dans une ruelle de plus vers la chambre funéraire. Finalement, elle découle quelques paroles. Elle n’avait pas tord concernant plusieurs points. Le progrès, l’étape supérieure de l’être humaine. Connerie quand on voyait les problèmes qu’amenait les pouvoirs. Mais tu étais du côté du Gouvernement.

L’évolution, aujourd’hui, est de passé de Socrate à des émissions de télé-réalité. Obsolescence programmée. Bienvenue à l’âge de pierre.

Des monstres à la chaine. Surprenants et destructeurs. À croire qu’elle te connaissait déjà par coeur. Intérieurement, tu grimaçais, fronçant les sourcils. Au plus profond de ta propre personne, tu savais ce que tu étais. Rampant. Immergeant. Obséquieux jusqu’à son apparition. Si tu étais aujourd’hui ici, c’état à cause d’elle. De cette créature ténébreuse et méphistophélique. Tu ne contrôles rien et tu ne sais toujours pas le faire. Simplement cette goutte de sang qui anime un instinct animal. Prenant aux tripes comme une irréligion. Un juron et un sacrilège. D’un geste vif, tu attrapas le dossier, ne prenant même pas le soin de l’ouvrir. Tu refusais de revoir son visage. Son corps déchiqueté. La mort de deux âmes en un seul corps.

Simple oubli administratif de vos anciens collègues.

Pas plus. Pas moins. Nul besoin de connaitre la vérité. Qui voudrait la connaitre, d’ailleurs ? Personne. Certainement personne et encore moins cette gamine un poil moins âgé que ta propre personne. Tu ne répondais même pas à la deuxième énigme posée. En rentrant, une gerbe de flamme allait éteindre pour de bon l’existence des arcs de ton passé.  Anamnèse du futur. Un destin fini par rapport à tes antécédents et aux préliminaires de tes maitresses. Sans charme. Sans détresses. Reportant ta vive attention vers la colombe mortuaire, tu observas sa cigarette industrielle presque déconstruite. Les femmes et les objets. Bienvenue dans la violence comme un hymen dans une partouze.

Désolé de vous avoir retenu.

Tu lui arrachas la cigarette et lui jetas dans la poubelle la plus proche. Ce n’était pas une clope, ça. Ça faisait de la peine. Écrasée par un tissu bas de gamme. Teintée par l’indigo non fixé. Sans aucune autre mot, ta main libre ne tenant pas le dossier attrapa ton propre paquet de cigarettes, l’ouvrit d’un geste presque expert avant de lui tendre.

Votre cigarette n’était plus fumable, prenez ça comme un gage de remerciement pour avoir fait… Cinq minutes de plus sur vos horaires.

Sourire mesquin qui annonçait ta phrase comme une pique. Les dialogues dans le métro n’avaient pas de sens comme un opéra rock mais peut-être qu’un dialogue au sein d’une morgue en avait plus. De la survie des fausses modernes.

Dites, c’est comment d’avoir aucune interaction sociale durant toute une journée ? Les cadavres doivent pas être chiants, à la différence des gens autour de vous. Genre les gens qui vont retiennent alors que votre travail est fini.

Tu lui tournais le dos, sortant de la pièce administrative, te dirigeant vers la sortie. L’attendant. Presque.


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Morgana D. Richardt
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Dim 15 Mai - 22:50
IN ARTICULO MORTIS
Ce n'était pas un oubli, ni même une erreur. Le Gouvernement contrôlait consciencieusement ce genre de choses, vautours mesquines qui prenaient soin de tout savoir, tout connaître. Toujours, jusqu'aux moindres faits et ses gestes de ses tendres et chers habitants. Hyènes vicieuses à la recherche éternelle du pouvoir absolu, empiétant sur les autres à la moindre occasion qui s'offraient à elles pour leur bon vouloir. Les faux pas n'avaient alors aucune place dans leur machinerie diablesque. L'erratum n'était qu'une sombre excuse pour une raison tout aussi obscure. Elle déglutit et ne prit pas la peine de relever, tentative futile et insignifiante. Elle n'en avait que faire, au final. Pas ses affaires, pas sa responsabilité. Elle n'était que boulon dans l'engrenage ; ni plus, ni moins.

« Ce n'est r... » Elle recule d'un pas inconsciemment, lorsqu'il vient porter ses mains à ses lèvres pour lui en extraire sa cigarette. Car elle est toujours apeurée, terrorisée, étrangère aux contacts physiques, étrangère à sa propre personne. Et son intérieur crie, hurle d'effroi face à cette intrusion, cette irruption soudaine et inattendue, cette percée inadmissible de son périmètre de confort et de sécurité. Peur fantôme, fantasmagorie de son esprit. Elle en a conscience, pourtant. Pourtant. Elle se contente de serrer les poings, serrer les dents et tâche de ne rien laisser paraître. Pas maintenant, jamais. « rien. » qu'elle achève, interceptant au passage le bien qu'il lui offrait en compensation de son temps perdu, calant celui-ci entre ses dents. « Peut-être, mais ce sont déjà cinq minutes de trop. »

Sa remarque donne naissance à un sourire furtif avant de disparaître sous la paperasse se présentant devant elle et s'empresse de ranger méticuleusement son désordre. « A vrai dire, je pense que vous connaissez déjà la réponse étant donné que vous le sous-entendez très fortement dans vos paroles. » La tâche effectuée, elle quitte la pièce mais s'attarde cependant dans la salle funéraire pour récupérer sa malle contenant son équipement de thanatopracteur, s'emparant également sur le chemin de son trench coat qui pendait sur le porte-manteau de l'entrée. De vagues bribes administratives sont échangées avec la secrétaire puis elle sort, enfin.

Devant elle continue à se déchaîner la voûte céleste. Un juron lui échappe. Adossée contre le mur de l'établissement, sa caisse à terre, elle palpe de nouveau ses poches, vides de l'objet qu'elle convoite. Elle lance un regard circulaire autour d'elle et se sentie soulagée lorsqu'elle s'aperçue qu'il était encore là. « J'imagine que vous avez du feu. » Elle chercha une meilleure formulation. Ça ne s'apprêtait pas pour une demande. « J'aimerais vous l'emprunter. » C'était mieux. Peut-être. Elle triture sa clope du bout des doigts, en attente d'une réponse, positive éventuellement.
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Virgil A. Elbaz
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Sam 21 Mai - 15:14
In articulo mortis. —




Plus de place au paradis, il valait mieux prendre la pilule. Tu n’intéresses personne. Ton baroud d’honneur était bien trop terre à terre pour écrire depuis le planétarium le plus proche. Impossible pour ta personne de pouvoir briller après ta mort. Tu vivais déjà éteint. La réaction de la demoiselle concernant ton geste - Pourtant bien loin de toutes envies libidineuses et corrompues - t’avait fait hausser un sourcil. Réaction expérimentale. Inquiétante. Toi-même tu n’appréciais pas résolument le contact physique avec des étrangers, toutefois, il y avait une part des choses à faire. Là, il y avait aiguille sous roche. Une courbe à corrompre, à pervertir. Interrogation. Questionnement. Problématique.

Puis, tu sors, cigarette au bec, commissures sanglantes concernant quelques brides d’imagination envers une demoiselle à la froideur stridente. Phase de repos. Une énième fois, tu replaces ta crinière ébène vers l’arrière, cette crinière ayant légèrement eu le temps de sécher. Toutefois, au vu de l’ouragan qui se préparait, cela ne servait strictement à rien. Incapable de situer le début de la fin de ce cercle, il fallait attendre. Attendre que le calme réapparaisse. On ne pouvait dompter le macrocosme. L’Univers. La nature. Rien. À contrario, on pouvait contrôler le produit du monde : L’Humain. Faible. Docile. Malléable. Obéissant. Soumis. Réfractaire au bonheur.

Rabattant ton long et épais manteau, tu fronçais les sourcils par rapport à Mère Nature. Il fallait que tu protèges le dossier. Ton passé. Ce couloir fané. La révolution close et antérieure à ta propre personne. Certaines personnes vivent dans le passé, d’autres veulent vivre dans le futur. Toi, tu n’arrivais même pas à être toi-même sur l’instant présent. Il y avait ce goût amer. Il y avait ce goût de sang. Imparfait. Antan. Anamnèse des souvenirs. Bilan des circonstances qui amenait à la seule et même conclusion : Contrariété et désillusion.

Puis, tu l’observes. Sans dire mot. Toi, ta cigarette déjà allumée depuis quelques secondes. Discrètement, un léger sourire s’installe sur ton faciès. Les femmes. Pensée presque machiste qu’on avait tout à un moment donnée de sa chienne de vie, il ne fallait pas faire semblant. Puis, ton encéphale saisi finalement le problème. Source de chaleur. Source de bohème. Réconfort dans les vapeurs doucereuses du trépassé et du croupissant. Alors tu lui tends ton zippo. Argenté. Gravé du symbole de l’hydre de Lerne. Comme un message à toi-même. Comme un mémoriel. Comme un mauvais souvenir qu’on garde au plus proche de soi-même. Rédemption de l’âme.

Dans une mallette aussi énorme que la vôtre, il y a pas la place pour un foutu briquet ? 

Sec. Froid. Direct. Pourtant, tu lui tendais déjà ta seule source de feu. Le démon. Puis, une rafale. Violente. Aussi sèche que tes cordes vocales. Tu te plaquas à ton tour contre l’établissement mortuaire. Attendant de récupérer ton briquet. Il avait une certaine valeur. Un passif. Un passage éthéré avant une vive transformation. Ouvre les yeux. Nouvelle rafale. Tu perds légèrement l’équilibre avant de te rétablir comme tu le pouvais, frôlant par inadvertance la colombe noire à tes côtés. Scène stéréotypée. Théâtre surdoué. Comédie et représentation dénuées de sens. Lâchant un léger - P’tain. - avant de te rétablir totalement, tu laissas apparaitre un léger soupir de fatigue tandis qu’un frisson parcourt alors ton échine, s’immisçant au sein de chaque vertèbre. Le temps devenait de plus en plus noir, aussi noir que ton regard. Aussi goudronneux que tes poumons. Aussi ivre que la machinerie d’or au sein de ta poitrine.

Quelques minutes de voutes sociales le temps de finir le bâton de mort, et il allait falloir parcourir la route pour prendre le premier transport en commun. Objectivement, tu n’avais pas envie. Pas que tu étais bien ici, mais au moins, tu étais au sec. Le QG des Cronos était loin. Hors du centre-ville. Tu rêvais d’une douche chaude. Ou plutôt, d’un bain chaud. - Car oui, tu avais le droit à une baignoire, toi, privilège d’être Chef. -

… Suis-je le seul à ne pas vouloir traverser le torrent d’eau qui nous sépare de nos transports respectifs ?

Pas que tu voulais rester avec elle.
Quoique.


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Morgana D. Richardt
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Dim 22 Mai - 14:44
IN ARTICULO MORTIS
« Non. Trop dangereux. »

Elle prononça, sans le vouloir, ces mots comme une évidence, une banalité fragrante et d'une main gracile, elle vint s'enquérir de l'objet pour allumer sa cigarette, le remerciant dans un murmure imperceptible. Elle prit une longue bouffée de cette fumée néfaste et apprécia chaque seconde. Dans le creux de sa main se trouvait encore le zippo. Elle haussa d'un sourcil. Étrange objet, à notre époque. Étrange et presque introuvable. La gravure était intéressante, presque intrigante. Elle se complut quelques secondes encore dans la contemplation de l'objet avant de relever le regard dans sa direction, interrogateur et curieux.

« Vous allez bien ? »

Formule de politesse. Question rhétorique. Futilité apparente. La situation était embarrassante. Supportable, mais embarrassante. Elle se massa doucement l'arrête du nez, exaspérée. L'attente serait longue, le temps ne leur laissait aucune échappatoire. Elle tira une nouvelle taffe et lui tendit sa clope du bout des doigts.

« Non. Attendez ici et tenez-moi ceci. Oh et, surveillez mes affaires, je reviens. »

Sa silhouette disparut dans l'embrasure de la porte, la demoiselle partie quémander un parapluie à la réceptionniste. L'échange fut court et bref. Des remerciements sont prononcés et l'objet désiré entre les mains, elle ressortie aussitôt. Elle récupéra sa cigarette sans prévenir et ouvrit le parapluie. 

« Je doute qu'il puisse nous couvrir entièrement tous les deux mais ça fera l'affaire. Portez-le, j'ai déjà assez à faire avec ma malle. »

Le vent faisait virevolter sa tignasse dans tous les sens, la rendant d'autant plus sauvage et irrégulière. Elle souffla sur une boucle venant empiéter son champ visuel et leva son bras en sa direction. Elle ne lui laissait pas le choix, ayant déjà été assez aimable pour le partager. Car elle aurait pu se casser au loin avec, rentrer chez elle et le laisser là, devant la morgue, à attendre que le déferlement météorologique se calme. Elle passa une main dans sa chevelure, dans l'espoir de la rendre plus docile et moins sujette aux assauts des bourrasques imprévisibles.

« Il y a un café non loin d'ici. La perspective d'attendre que le temps se calme autour d'une boisson chaude semble plus réjouissante qu'attendre ici. »

Elle prit sa mallette en main et recracha des volutes de fumée, qui s'en allèrent danser, danser entre elles, danser avant de se dissiper dans l'air. Et lentement, elle vint le rejoindre sous le parapluie.

La scène était risible, presque absurde. Elle eut une pensée cynique à cet égard.


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